mercredi 1er avril 2009 18:40
« Monstres contre aliens » : Enfin du relief pour la 3D
« Monstres contre aliens » donne du sens au nouveau standard d’Hollywood.
par Olivier Séguret
tags : animation , 3D , relief numérique
Monstres contre aliens n’oublie pas d’être un dessin animé basique, consistant, drôle et parfois brillamment écrit.
Les engouements technologiques successifs dans lesquels s’engouffre l’industrie du cinéma depuis sa naissance n’offrent aucune autre garantie que leur nouveauté, parfois leur évanescence. Dans la vague de films en relief numérique qu’Hollywood fait s’abattre sur le calendrier des sorties mondiales (Libé du 11 mars), beaucoup de titres sont à considérer comme une marchandise truquée, où la 3D sous lunettes n’est qu’un leurre vaniteux : soit un emballage de circonstance pour des projets sans réflexion sur leur nouvelle dimension, soit de prétendus fers de lance qui oublient leur substance de films pour se transformer en démos. La première petite pierre valable déposée par Monstres contre aliens sur le chemin de croix de la 3D , c’est celle-là : il est digne de la technologie qu’il promeut, il est convaincant dans la démonstration qu’il ne peut lui aussi s’empêcher d’en faire et il n’oublie pas pour autant d’être le dessin animé basique, consistant, drôle et parfois brillamment écrit dont DreamWorks Animation tente de fournir le régulier modèle. C’est aussi pourquoi il serait faux de dire que ceux qui le verront en projection 2D classique (comme ce sera le cas dans de nombreuses salles françaises ou plus tard sur DVD ) en rateront la pleine substance. Monstres contre aliens marche très bien tout seul, la 3D étant à envisager comme une option valable. Le scénario touille avec malice les ingrédients de Men in Black , de Mars Attacks, d’ Independance Day et de bien d’autres (jolie vanne à Rencontres du troisième type …) : les extraterrestres veulent envahir la Terre (américaine) et nous leur envoyons des « monstres » (humains et animaux mutants que l’armée tenait dans le plus grand secret) pour nous défendre. Tout moderne qu’il semble, le film de Rob Letterman ( Gang de requins et bientôt les Voyages de Gulliver ) et Conrad Vernon (Shrek 2) est fondé sur une profonde nostalgie fifties, qui touche à la cinéphilie comme au design et à l’art contemporain de cette époque. Cette toile de fond impose autant une charte graphique précise qu’un horizon générationnel assez large pour embrasser si nécessaire tout ce qui a été acquis depuis, la mécanique même du film prévoyant de glisser sans cesse sur les registres (série B, space opera, satire) et entre les niveaux de lecture. Le quarteron de monstres retenus pour têtes d’affiche ne tarde pas à faire son office : destructeur pour l’ennemi, charmeur pour le badaud. Le très réussi Docteur Cafard, l’attachante Génormica ou l’océanique Insectosaure forment des candidats crédibles pour une galerie des créatures imaginées en ce début de siècle. La postérité décrétera. Ce n’est manifestement pas le souci de cette production. L’essentiel, pour cette machine sophistiquée et rutilante, sinon tout à fait humaine, c’est d’avancer à son rythme pop-corn sans être pris en défaut d’abrutissement. De revendiquer une increvable jeunesse américaine, un éperdu besoin de dédramatisation, tout en se moquant sans cesse d’elle-même et de ses prétentions. Bienvenue aux monstres, aux aliens et à cet Hollywood-là.
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