mercredi 18 janvier 2012 12:00
Epiphanie de Xavier Niel, en apothéose
par Pierre Marcelle
tag : Free
Enfin Xavier Niel vint, et le premier en France…, comme aurait pu dire M. Boileau. C’est sur Dailymotion, comme tout le monde, que j’ai dégusté la prestation du PDG d’Iliad, maison mère de l’opérateur de téléphonie mobile Free. J’ai fait ça en différé, après avoir bien assimilé ce qu’induisait — un pas de géant, à n’en pas douter, pour l’humanité — la grille tarifaire présentée aux foules journalistiques ébaubies, renforcées pour l’occasion d’une claque collégiale. Ainsi ai-je pu apprécier en gourmand le malaise qu’il m’inspira. Profond, le malaise. C’est que j’aime bien les orateurs, les tribuns saltimbanques, quand ils s’approprient sans ambages et sans notes le vaste espace d’une scène qu’ils arpentent munis d’un seul et discret micro-casque, comme Jean-Marie Le Pen ou Mylène Farmer, sur fond d’écrans qui bougent, en guise de minimalistes pense-bêtes. En la matière, Xavier Niel, hélas, m’a déçu. Profondément déçu. A qui parlait-il, le nouveau gourou de l’économie numérique, avec un lexique et une syntaxe farcis de « Ils nous font bien marrer », « Vous allez vous faire défoncer », « On a décidé de regarder qu’est-ce que ça coûte », « J’vais vous dire quequ’chose », et autres « Qu’est-ce que j’m’aperçois » ? Pour qui, ce registre, dont la démagogie en dit long sur l’estime qu’il porte à ces « pigeons » épars dans son auditoire et qu’il prétend sauver d’un naufrage tarifaire ? Si c’est à une génération qu’il regarde comme déculturée par l’usage trop intensif de ses gadgets, merci pour elle. Si c’est à moi, je préfère demeurer pigeon. On dira que ma répulsion pour le bateleur vendant ses forfaits comme un camelot sa quincaillerie sur un marché de Noël est caractéristique d’un ronchon culturellement nanti, et l’on n’aura pas forcément tort. Mais que dira-t-on si je fais poliment remarquer que la marge d’Iliad s’établit à 39,2%, soit bien au-dessus de celle des « arnaqueurs » qu’il dénonce ? En la découvrant (Libération du 11 janvier), j’ai mieux compris la chaleur des remerciements adressés, au terme de son numéro, par M. Niel à M. Fillon pour avoir au sommet de l’Etat défendu le droit à une concurrence « libre et non faussée », comme dit l’autre. Mieux compris que, dans un monde où il vaut mieux passer par un Premier ministre lobbyiste que par la loi pour obtenir ce que de droit, Xavier Niel est en ce bestiaire un requin libéral, ni plus ni moins, somme toute, que ses concurrents, pardon : ses, comme il dit, « petits camarades ». Paru dans Libération du 17 janvier 2012 A lire également
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