mardi 27 octobre 2009 19:08
Equidia, bande de stalles
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : cheval
« Mes biens chers Isabelle et Raphaël. Merci encore du délicieux poncho Hermès que vous m’offrîtes lors de la party de dimanche. Mais vous n’avez toujours pas répondu à la question que je vous posais alors que nous visitions mes écuries : pourquoi, ventre-saint-gris, n’avez-vous jamais rédigé d’article sur Equidia ? Cette chaîne est so cocasse. Bisous, Edouard de R. »
Il fallait briser le secret de la correspondance : car oui, Edouard de Rothschild, actionnaire majoritaire de Libération, a également des billes dans Equidia : il préside France Galop qui, avec Le Cheval français, détient la chaîne hippolâtre. Du coup, notre déontologie d’airain nous a empêchés, jusqu’à présent, d’écrire sur cet important sujet. Mais voilà, Equidia, créée en octobre 1999, fête ses dix ans et l’occasion fait le canasson : hue cocotte. Avertissement : regarder la Cauetidienne chaque jour on a fait ; suivre, une semaine durant, les programmes des chaînes pour enfants, on a fait aussi ; de même que la Chaîne parlementaire et la retransmission en direct de la mission d’information sur la transposition de la directive européenne 2005/34/CE relative à l’application du droit communautaire dans les zones de montagne. Mais là, à bouffer du cheval à haute dose, on a frisé l’accident du travail. Parce que nous, les bourrins, on ne va pas se mentir, on n’y entrave que dalle. Notez qu’on n’en tire aucune gloriole, mais c’est un fait : c’est à peine si, avant notre immersion dans Equidia, on savait que l’animal possédait quatre pattes. Et à cet égard, notre premier jour de visionnage fut un rien déroutant : « C’est bizarre comme ils courent, on dirait qu’ils ont trop de pattes », « C’est les jeux handisport des chevaux ou quoi ? », « Ah, ils ont des charrettes maintenant ! » ou « Les pattes, là, elles vont par deux, c’est zarb ». Quand un collègue hippophile est venu à notre secours, nous regardions du trot. Mais s’il n’y avait que le trot, à comprendre… Déjà les noms des bestioles : Taxi Bamako, Quephaeton (non partant mardi), Early la Hutte, Papi Fernand… Et écoutez-les donc parler, sur Equidia. « Pashmina par rapport à Multichope, c’est du rang 4 kilos », constate un commentateur. Ouiiiii. « Il aurait fallu qu’il marche treize et demi », juge un autre. Bien sûr. « Pourquoi cet engagement monté pour Pharaon des Pins ? » se demande un troisième. Ça tombe bien, vieux, on se posait aussi la question. « Pouliche bien née, Plume Rose, sa mère Peace Signal est une sœur de Peintre Célèbre », avance un pronostiqueur. Capice, on fait sauter l’entrepôt allemand à 6 h 17 demain matin. « C’est une chaîne pour passionnés qui connaissent la matière, admet son directeur Eric Brion, si vous n’avez pas le décodeur, c’est incompréhensible. » Par passionné, entendre parieur, ceux qui jouent aux courses organisées par les mêmes propriétaires de la chaîne, France Galop et Le Cheval français qui gèrent le PMU. Un peu comme si la Ligue française de foot avait sa propre chaîne de ballon. Equidia, « vitrine du métier » selon Brion, chuchote d’abord à l’oreille des 6,5 millions de turfistes français qui la regardent également au bar-PMU du coin (80 % en sont équipés), remplissant d’une main leur bulletin, vidant de l’autre un petit blanc limé. D’ailleurs, indique Brion, « le prime time, c’est l’après-midi, pendant les courses, on est même en tête des chaînes de sport à ce moment-là ». Car c’est le gros d’Equidia : la diffusion en direct de la bonne quinzaine de courses organisées chaque jour. Toutes. Mais alors vraiment toutes. Trot. Galop. Charrette. Et là, Eric Brion monte sur ses grands chev… - oh non, on peut pas -, s’agace : « Equidia, c’est plus que la chaîne du bourrin. » Et c’est vrai qu’à côté des courses de chevaux, on parle aussi pas mal des chevaux, sur Equidia. Ainsi, le week-end, on cause chevaux qui sautent avec des bonshommes à chapeau ridicule dessus. « Les amateurs de sports équestres », rectifie Brion. Souvent, le soir, on retrace des sagas de chevaux illustres, des histoires d’Aga Khan, de princes saoudiens, de belles enchapeautées, le tout sur un ton à faire périr de jalousie Frédéric Mitterrand : « Le placide et génial Dalakhani est une réincarnation équine de la force tranquille. » Dire si ces œuvres sont distanciées et pas sentimentales pour un sou, surtout qu’elles sont régulièrement nappées du hit équin des Rolling Stones, Wild Horses. Dont on espère qu’Equidia a acquis l’exclusivité, sinon, vu la pauvreté des chansons chevalines, ça doit douiller en droit d’auteur. Le reste du temps, la chaîne du bourrin fait semblant d’être une télé normale. Une matinale, des séries, un jeu quotidien, Julien Courbet, un JT, la météo… Tous hennissant. La Matinale de Laurent Broomhead établit chaque jour les pronostics des courses, la météo pointe le temps sur les hippodromes, le JT rend compte des résultats du PMU… Le jeu - qui, non, n’est pas présenté par un cheval mais par Alexandre Debanne - est un quiz testant la culture équestre des candidats (qu’ici, on appelle « partants »). Et le petit « ting-ting » rituel des jeux télé qui retentit le temps que le candidat trouve la réponse est remplacé par un idoine « cataclop-cataclop ». Futé. Foulant au sabot la règle d’exclusivité qui le lie à France 2, Julien Courbet, lui, fait du Julien Courbet dans une émission de conso (« Acheter une selle sans l’essayer, c’est comme se marier sans avoir vu sa femme »), ben oui, Juju, exactement. Nom du truc : Mise en selle. Oui, ils sont bons, chez Equidia pour les titres : la Question qui pique (sur les paris), Tous en course (le jeu de Debanne) ou l’émission enfantine à venir en novembre Ch’val dire à Sophie. Sans oublier feu le délicieux Des brides et vous. Manque dans cette panoplie équestre l’émission culinaire avec recettes hippophagiques à la clé. Dommage, on tenait le titre : Selle et Poivre. Paru dans Libération du 24 octobre
— « Ed, vous pardonnerez cette familiarité mais depuis dimanche et cette canasta endiablée - vous trichâtes, coquin -, nous n’avons pas eu une seconde à nous. Nous manquons à tous nos devoirs mais, comme on dit par chez vous, Equidia, on s’y attelle. Bisous itou, I. et R. »Ça crin
Henni qui mal y pense
Trot, c’est jamais assez
Et vous trouvez sabot ?
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