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lundi 14 avril 2008 08:42

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Espagne : le choc « Chiki-chiki »

Partie d’une blague, cette chanson, qui mêle outre-Pyrénées succès et polémique, représentera le pays à l’Eurovision.

par François Musseau

tags : musique , Espagne

De notre correspondant à Madrid

« El Chiki-chiki mola mogollón, lo bailan en la China y también en Alcorcón… » Traduisons :œ « Le Chiki-chiki plaît un maximum. On le danse en Chine, on le danse aussi à Alcorcón [une ville-dortoir de la banlieue de Madrid]. » La chanson qui représentera l’Espagne au concours de l’Eurovision, le 20 mai à Belgrade, est devenue un phénomène de société. Ce clip ringard, interprété en version reggaeton par l’humoriste Rodolfo Chikilicuatre (fausse guitare électrique lui pendant au cou, visage à la Fred Chichin et banane à la Elvis) connaît un succès retentissant. Selon le site officiel de l’Eurovision, la candidature espagnole est de loin la plus visitée sur YouTube (8,5 millions d’entrées), bien loin devant celles de la Turquie ou de l’Irlande.

Chiki-chiki, par Rodolfo Chikilicuatre

Côté espagnol, le Chiki-chiki est omniprésent. Sur la Toile, bien sûr, où des milliers d’internautes donnent chaque jour leur avis pour affiner le « style » de Rodolfo Chikilicuatre, choisir ses danseuses ou modifier les paroles de la chanson, pour l’heure plutôt chiches. On y apprend que le Chiki-chiki est dansé par Mariano Rajoy (le leader de la droite), Hugo Chávez ou le Premier ministre Zapatero. Des milliers d’adolescents ont téléchargé le morceau sur leurs portables, le Chiki-chiki est de toutes les conversations et on l’utilise à toutes les sauces. Sur Internet circulent des versions pour les collégiens, pour les pijos (BCBG) ou pour les catetos (ploucs). De célèbres humoristes basques ont déjà popularisé une Eusko-chiki, se moquant des politiciens locaux. La semaine dernière, un élu municipal de la bourgade d’Illueca, près de Saragosse, a proposé de rebaptiser Chiki-chiki la rue Franco, du nom de l’ancien dictateur, provoquant un houleux débat local.

Si le Chiki-chiki a des allures de farce, c’est parce qu’il est d’abord le fruit d’une boutade. Début février, l’humoriste Andreu Buenafuente, qui anime un talk-show à succès en prime-time sur la Sexta (dernière née des chaînes privées), lance à la cantonade : « Pour en finir avec les contre-performances espagnoles à l’Eurovision, on va lancer le Chiki-chiki. Le monde entier en sera bouche bée. » Pour l’interprétation, la tâche est confiée à David Fernández, alias Rodolfo Chikilicuatre, qui soigne un look sixties pour mieux se moquer du concours.

L’Espagne n’a pas gagné l’Eurovision (programme pourtant très suivi) depuis 1969 et, ces deux dernières années, a essuyé des échecs, terminant aux 20e et 21e places. Or, la galéjade de Buenafuente trouve un écho, d’autant que, cette année, les candidats espagnols font leur apparition sur MySpace avant d’être soumis au vote des internautes.

Le Chiki-chiki ne tarde pas à faire des ravages, recueillant 56,3 % des suffrages. Catapulté par la télé publique TVE, Rodolfo Chikilicuatre, qui fustigeait jusqu’alors le « ridicule du concours de l’Eurovision », prend désormais son rôle au sérieux : « Je ferai tout pour faire gagner mon pays. » Pas question de sortir de son personnage. Il y est tenu par les représentants espagnols de l’Eurovision. Alors que le pays entier s’est mis au rythme du Chiki-chiki, cette candidature moqueuse n’est pas du goût de tous. Isabel San Sebastián, une célèbre analyste conservatrice, compare Chikilicuatre à Zapatero : « Un produit marketing aussi vide que vendeur. »

Le ténor Plácido Domingo aussi se montre sévère : « J’ai du mal à accepter que l’Espagne soit ainsi représentée à un concours aussi important. Il n’y a aucun message et la musique est nulle. » Le producteur de télé Emilio Aragon, qui défend l’Eurovision comme « l’ambassadeur de la culture d’un pays », fustige « un produit commercial qui prétend ridiculiser le concours ».


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