vendredi 11 novembre 2011 10:57
Espagne : les chaînes locales au dégraissage
par François Musseau
tag : Espagne
De notre correspondant à Madrid
« Ces chaînes sont devenues trop chères pour le denier public, il va falloir restructurer et privatiser. » Lundi, lors d’un débat télévisé, le candidat conservateur Mariano Rajoy (le très probable chef du gouvernement à l’issue des législatives du 20 novembre) a jeté un pavé dans la mire : à l’heure des tours de vis budgétaires et des cures d’austérité, les télés publiques régionales sont devenues des gourmandes assises sur leurs privilèges. Sur les 17 communautés autonomes espagnoles, 13 possèdent un canal public financé par la pub et les impôts régionaux. Au sortir du franquisme, les trois communautés historiques (Pays basque, Catalogne, Galice) avaient obtenu une chaîne, surtout pour défendre leur langue régionale ; puis, peu à peu, d’autres ont suivi. « Les pouvoirs locaux ont compris l’importance stratégique de cet outil de propagande », décrypte un spécialiste des médias. Clientélisme politique, manipulation de l’information, masse salariale enflée et faible taux d’audience : aujourd’hui, ces chaînes sont devenues un symbole d’incurie et de fardeau financier. D’où le coup de gueule de Rajoy qui, une fois au pouvoir, devra dégraisser tous azimuts. Cela ne lui sera pas facile : le pire exemple se trouve dans la région Valencienne, un bastion de son Parti populaire. Canal Nau (Canal 9) est, en effet, un condensé des tares de ces canales autonómicos, onéreux pour le contribuable et peu regardés : 1 800 salariés, une armée mexicaine qui dépasse les trois télévisions privées espagnoles réunies ; un taux d’audience régional en chute libre (5,8% contre 12% en 2009) ; et une dette cumulée d’un milliard d’euros. « Notre problème, se défend le directeur de Canal 9, José Lopez Jaraba, c’est qu’à la différence des télés privées, nous ne pouvons externaliser nos services ; la masse salariale absorbe 85% de notre budget. C’est intenable. » Comme les principales chaînes publiques régionales, Canal 9 implique un impôt supplémentaire de 202 euros annuels par foyer pour l’Espagnol de la région Valencienne (209 euros pour un Catalan et 253 euros pour un Basque). Mais, à la différence de TV3 (Catalogne) et d’ETB (Pays basque), Canal 9 ne produit presque pas de programmes propres et dépense parfois des fortunes pour des « événements » : la visite du pape à Valence en 2006 aura coûté 15 millions d’euros. Là, plus qu’ailleurs, tout est à la discrétion du pouvoir régional : pas une image ni un mot sur l’affaire « Gurtel », immense scandale de corruption impliquant des dirigeants locaux. Les mêmes qui, aujourd’hui, feront tout pour éviter que le prochain chef de gouvernement ne restructure ou privatise Canal 9. Paru dans Libération du 10 novembre 2011
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