samedi 17 novembre 2007 11:44
Espèce de Myspace
par Pierre Marcelle
Passage obligé et permanent dans l’actualité des pixels, le grand fantasme du flicage numérique et de l’outing indésiré, où la Toile aime à se prendre pour Big Brother dans ses grands dévorants qui ont noms Google, Wikipédia, MySpace, et tous les autres… Pour Google, les affaires (en bourse), ça va toujours ; pour Wikipédia, « l’encyclopédie ( !) en ligne », absoute en justice de toutes les sottises qu’elle abrite, itou ; et pour MySpace, ça va mieux que jamais… A son propos, la philosophe Judith Revel s’émouvait l’autre jeudi dans ces pages de l’extrême porosité du merdier où tout un chacun peut s’approprier l’identité d’autrui et la manipuler à sa convenance. Ainsi Judith Revel narrait-elle (Libération du 8 novembre) l’effroi d’un sien collègue, pourtant peu familier des modernes outils, se découvrant soudain usurpé sur et par MySpace, et affublé de mille faux amis. Osons supputer que cet effroi fut surjoué, et que notre journaliste d’un jour ne l’évoqua que pour la commodité du propos. C’est qu’on n’imagine pas que quiconque ayant un tant soit peu de visibilité publique (elle-même, Judith Revel, « pèse » quelque 52 000 « entrées » sur Google) ne se soit pas un jour ou l’autre aventuré à aller vérifier une notoriété de pacotille dans le miroir déformant de la Toile où s’épanouit Narcisse. Ce qui là s’inscrit de soi n’a pas besoin d’être fondé pour être « vrai », tant ce qui s’y mesure n’est est d’ordre que quantitatif. Google, comme Wikipédia ou MySpace, sont des sites dont la pratique – rarement naïve, fût-elle philosophique – participe d’un onanisme social de peu de conséquence : comme à la télé-réalité, le faux y est la règle implicitement admise. Réductible à un buzz, il constitue paradoxalement, de nos intimités abolies par leurs infinies duplications, la plus sûre protection.
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