Bruit, violence et fureur de « la Guerre des espions »
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , Japon , le coin du cinéphile
« La Guerre des espions ». DR
Coffret Shinoda, la Guerre des espions, de Mashiro Shinoda (1965) avec Koji Takahashi et Eiji Okada, noir et blanc, 100 mns.
Il y a trois autres DVD dans ce coffret Shinoda. Chacun a son charme, et ses défauts, tous sont différents. On pourra être séduit par Double suicide à Amijima. Même si ce film est un peu trop calligraphié et artiste pour arriver à nous passionner jusqu’au bout, il est quand même traversé par deux amours : celui du réalisateur pour le théâtre classique japonais, pour les marionnettes, le kabuki, dont l’évocation donne un démarrage godardien plein d’humour. On peut aussi aimer la Fleur pâle, le seul des quatre films de Shinoda de ce coffret à placer son action dans le monde contemporain (et sur lequel nous reviendrons). Mais le pompon sera attribué à la Guerre des espions. C’est là que Shinoda fait le plus dans le genre « histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un idiot » (Shakespeare dixit). Au début des années 1600, Le Japon est ravagé d’abord par une guerre civile bien massacrante qui se clôt par la bataille homérique de Sekigahara, que gagne le clan Tokugawa. Mais n’ayant pas anéanti son adversaire, le clan Toyotomi, une sorte de guerre froide va continuer pendant des années. Rien n’y manque, ni les espions, ni les trahisons en série, les agents doubles, les affrontements de ninjas meurtriers, ni enfin les complots à tiroirs. Quand nous arrivons dans l’action, Shinoda nous présente les chefs ninjas des deux camps, et Sasuke le solitaire. Celui-ci est vraiment un cas ! D’abord, il passe son temps à voyager en courant et en passant par les crêtes des collines. Il s’agit pour lui d’échapper aux mauvaises rencontres. Et des mauvaises rencontres, il n’y a que ça. Les partisans du clan Tokugawa doivent échapper à ceux de Toyotomi, et réciproquement. Et pour Sasuke, c’est pire. Il appartient au clan Sanada, qui refuse de choisir entre les deux adversaires et dont les membres sont donc suspectés par tous. Il doit donc éviter tout le monde. Il n’y arrivera pas et sera mélé à des intrigues alambiquées, des coups fourrés et des bagarres, que l’on ne vous racontera pas. Le monde dans lequel il évolue est violent et absurde comme l’étaient les années 60 au Japon et dans le monde, explique Shinoda dans le bonus avec sa bonne bouille tout sourire. Et d’ajouter que son film au fond s’inspire de Dashiell Hammett, Raymond Chandler et de Jean-Paul Sartre, tous écrivains qui se plurent à raconter l’individu face au chaos.
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