jeudi 3 mars 2011 11:10
Et Bing, dans ta Google
par Christophe Alix
tags : presse , moteurs de recherche , Microsoft
DR
Qu’il est bon d’être un minuscule challenger du plus gros et prometteur des marchés d’Internet. On peut accorder un soin scrupuleux au respect de la vie privée des internautes, se faire le chantre du droit d’auteur et de celui de la presse à « monétiser » à sa juste valeur son exposition à travers les moteurs de recherche, bref faire de l’anti-Google sans prendre aucun risque et affirmer haut et fort que chez Bing, « on n’est pas dans une logique de prédation ». Bing ? Pour ceux qui l’ignoreraient, c’est le nom du moteur de recherche du leader mondial des logiciels Microsoft, qui lançait hier officiellement sa version tricolore en compagnie de quelques prestigieux partenaires — la Bibliothèque nationale de France (BNF), le nouveau kiosque numérique de la presse française e-presse premium. Disponible en version bêta depuis dix-huit mois sur la Toile hexagonale, le Petit Poucet Bing représente à ce jour une minipart de marché de 3,4% en France contre près de 95% pour l’ogre Google et, comme le dit Nicolas Petit, le directeur marketing des activités internet chez Microsoft France, « il ne faut pas s’attendre à grimper à 25% en quelques mois. On s’est lancés dans une course de fond, pas dans un sprint. Et si Bing n’est qu’à un "one click away" de Google, les habitudes de recherche sont bien ancrées et ne vont pas bouger du jour au lendemain ». Sage. Si ce nain de la requête ne se fixe aucun objectif, l’exemple américain est néanmoins synonyme d’espoir : de 8,4% à la mi-2009, la part de marché de Bing y est passée à 12,1% en janvier dernier, et représente en réalité un tiers environ du marché outre-Atlantique si l’on inclut les requêtes émanant de Yahoo, qui a renoncé à son outil de recherche et adopté celui de Microsoft. Une remontée qui, selon Microsoft, explique « l’agacement » de Google vis-à-vis de Bing, accusé de copier-coller ses résultats de recherche. Pour refaire une partie de son colossal retard, Microsoft mise, dixit son patron français Eric Boustouller sur « une expérience de recherche plus simple et plus visuelle ». Bien plus que chez Google, Bing multiplie les incrustations d’infos pratiques dans la page de résultats (la météo si l’on tape Paris, le cours en Bourse si l’on tape celui d’une entreprise, etc.) et intègre dans ses recherches les données issues des réseaux sociaux.
Là où Google privilégie la mise en avant de ses propres services (Google News etc.), Bing multiplie les partenariats : avec Allociné pour le cinéma ou Pages jaunes pour les contenus locaux. Une stratégie inédite qui pousse jusqu’au partage des revenus publicitaires dans le cadre d’un accord avec la plateforme de la presse française — Le Figaro, Le Monde, Libération, etc — pour la mise en avant de ses contenus. « À la différence de Google, Microsoft se montre vraiment ouvert dans les discussions, expliquait un cadre de presse présent dans la salle, cela permet de tester des nouveaux modèles. » Autre partenariat à la portée symbolique évidente, celui signé avec la BNF pour la mise en avant de son fonds numérisé Gallica. A la différence de l’accord signé par la bibliothèque de Lyon avec Google, l’accord entre la BNF et Bing est « non exclusif », insiste-t-on chez Microsoft. Façon de dire qu’avec Bing chacun reste libre d’aller se faire indexer ailleurs… Sans le dire ouvertement, Microsoft compte enfin sur l’aide de la Commission européenne — qui a ouvert une enquête sur Google — pour ramener la part de son concurrent à une dimension plus « raisonnable ». « Le contrôle de l’information via les moteurs de recherche est un problème autrement plus grave que celui des systèmes d’exploitation pour ordinateurs, suggérait un cadre de Microsoft à l’issue de la conférence. Il serait temps que les politiques s’en emparent. » Hier, Petit Poucet était vraiment prêt à tout pour exister. Paru dans Libération du 2 mars 2011
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