jeudi 21 février 2008 10:33
Et le diable pleura encore
Un poil vulgaire, « Devil May Cry 4 » est sauvé par sa démesure assumée.
par Erwan Cario
Ça ne se fait pas de mettre en rogne des types venus des enfers. - DR
Le démon, version diabolique du centaure, fait une dizaine de mètres de haut. Enveloppé de flammes, il se trimballe avec une épée qui doit peser dans les vingt tonnes. Nero dans son habit noir et rouge, avec sa crinière blanche impeccable, ne frémit pas un instant. Il a aussi son épée, tout aussi disproportionnée (au bas mot deux mètres de long), qu’il manie d’une main, comme un fleuret d’escrime. Il semble amusé par cette apparition monumentale. Et y va de sa petite phrase pour chambrer le monstre. Un one liner façon film d’action de série B du genre : « Je n’y peux rien, les flammes, c’est mauvais pour mon teint. » Du coup, le belzebuth chevalin s’énerve. On s’y attendait. Et c’est à ce moment que le joueur prend la main et se retrouve face au premier « Boss » de Devil May Cry 4. Il en veut un peu à Nero. Ça ne se fait pas de mettre en rogne des types venus des enfers. Mais il comprend vite que le rapport de force est plutôt contraire aux apparences. Trois minutes plus tard, le démon s’en va, battu. Avec style, en plus. On n’est pas dans un Devil May Cry pour rien. Difficile, quand on voit Nero frimer avec son flingue – à côté, celui de l’inspecteur Harry Callahan est un jouet pour enfant – et son épée, de se souvenir que Devil May Cry devait être à l’origine un nouvel épisode de la saga d’horreur Resident Evil. A l’ambiance oppressante du Survival horror, le créateur Hideki Kamiya avait préféré l’action décomplexée, pleine de « style » et de « cool ». Dante, héros d’alors, pouvait d’un coup de lame envoyer les monstres difformes dans les airs, et les finir au flingue avant qu’ils ne retombent. Devil May Cry 4, le premier de la série à évoluer sur console next-gen, ne fait que dans la démesure. Et cette démesure est tellement présente et assumée tout au long du jeu qu’elle le sauve du ridicule. On pourrait se moquer du design gothique-kitch des décors et des personnages. Ou encore des chorégraphies de poseur lors de chaque scène cinématique de combat. On pourrait aussi remarquer la symbolique de virilité absolue des héros (« Tu as vu ma grosse épée et mon flingue jamais à court de munitions ? »), un poil vulgaire. Mais c’est comme un contrat passé dès les premières minutes de jeu, acceptation aveugle des choix de design contre le gameplay qui va avec, explosif et permettant de faire valdinguer des hordes d’adversaires en alternant lame, poudre et bras démoniaque (ah oui, on l’avait oublié, celui-là). On a beau dire, mais une fois le pad en main, on se surprend à trouver les enchaînements de combos destructrices et les poses des deux héros (on retrouve Dante au milieu du jeu), résolument « cool ». Et on finit par sacrifier sans remords le bon goût sur l’autel de la jouissance ludique. L’évidence surgit alors : Devil May Cry 4 s’adresse à l’adolescent assoiffé de toute puissance qui sommeille (plus ou moins profondément) en chaque gamer.
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