vendredi 7 septembre 2007 18:42
Internet à deux vitesses : emballé, c’est pesé ?
Une déclaration du ministère de la Justice américain remet en cause l’équilibre actuel d’Internet.
tags : politique , justice , Google , polémique
Manifestation en mai 2006 à San Francisco. Photo CC Steve Rhodes.
Depuis plusieurs années, un débat de fond agite les acteurs d’Internet aux Etats-Unis : le problème de la « Net neutrality », la neutralité des réseaux. Actuellement, les abonnés à un fournisseur d’accès à Internet (FAI) payent un abonnement mensuel qui leur permet d’accéder à tous les sites web qu’ils souhaitent visiter, et ce sans aucun surcoût. C’est le principe de la neutralité des réseaux, qui permet un accès égal de tous les sites à tous les internautes. Mais cette situation ne satisfait pas les FAI américains, ni les opérateurs de télécommunications, par qui passe tout le trafic du réseau. Ceux-ci préféreraient faire payer un supplément pour l’accès rapide à des sites « prioritaires », soit les sites les plus consultés. Autre solution : augmenter les coûts en bande-passante de ces sites, afin de les faire participer aux frais. Dans les deux cas, cela créerait de fait un Internet à deux vitesses, bien loin du principe de base du réseau. De nombreux acteurs de premier plan sont intervenus pour s’opposer à cette idée. Eric Schmidt, le PDG du géant Google, s’était engagé en publiant une lettre ouverte pour la « Net neutrality » en juin 2006, suivi quelques jours plus tard par Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web. Une loi garantissant la neutralité des réseaux est en projet. Mais elle pourrait avoir du plomb dans l’aile : interrogé par la Commission fédérale des télécommunications, qui prépare un dossier sur les accès à haut débit, le Ministère américain de la Justice s’est prononcé contre la « Net neutrality ». Le ministère de la Justice estime qu’un tel principe menace les capacités d’évolution du réseau. « Les évolutions du réseau devraient être déterminée par les forces du marché, et non par des régulations », indique le ministère de la Justice. En d’autres termes, ce serait aux consommateurs d’assumer « le fardeau que constituent les coûteuses améliorations du réseau ». Pour justifier ses propos, le ministère de la Justice n’a pas hésité à tenter une surprenante comparaison, expliquant que le service postal américain (qui bénéficie par ailleurs de larges subventions gouvernementales) fait payer des prix différents selon le poids et la vitesse des envois. Une comparaison pourtant assez peu appropriée à la réalité du réseau. Les déclarations du ministère de la Justice n’ont valeur que d’avis consultatif, et ne devraient donc pas avoir d’impact immédiat sur la situation actuelle.
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