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mercredi 16 novembre 2011 17:51

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Etats-Unis : le web se mobilise contre la censure d’Etat

par Camille Gévaudan

tags : politique , Mozilla , piratage , droits d’auteur , polémique , filtrage , États-Unis

DR

« Ce site a été bloqué aux États-Unis par le pare-feu gouvernemental », annonce le large bandeau rouge vif qui barre la page d’accueil de BoingBoing. Au premier coup d’œil, on y croirait presque. Pourtant, juste en-dessous, un autre encadré révèle la supercherie : « Ça fait peur, hein ? » Le faux avertissement est destiné à apostropher l’internaute pour lui expliquer qu’aujourd’hui, 16 novembre 2011, le projet de loi dit « SOPA » (pour Stop Online Piracy Act) sera débattu lors d’une audition au Congrès américain.

Ce texte, construit en deux grandes parties, prévoit que tout site Internet soit tenu responsable du contenu posté par ses utilisateurs, et puisse être bloqué aux États-Unis s’il contient la moindre infraction au droit d’auteur — ne serait-ce qu’un lien hypertexte. La seconde partie alourdit les peines encourues pour les actes de contrefaçon et le streaming illégal. Voter le projet de loi SOPA « créerait le premier système américain de censure d’Internet, poursuit l’encadré d’avertissement. Aidez-nous à le combattre. »

Des dizaines d’autres sites — et leur nombre se multiplie au fil des heures — ont adopté une plus sobre étiquette « Stop censorship », toute noire, barrant leur logo. On y trouve l’Electronic Frontier Foundation (militant pour la liberté d’expression en ligne), Reddit (site très populaire de partage de trouvailles internautiques), la fondation Wikimedia (qui promeut Wikipédia), Creative Commons...

 

 

Mais le cercle des révoltés est loin de se restreindre aux seuls défenseurs des libertés sur Internet. Les géants du Net eux-mêmes ont co-écrit une lettre aux députés et sénateurs américains (imprimée en pleine page dans le New York Times du jour) pour leur demander d’abandonner le projet de loi. Parmi les signataires : Google, Facebook, Twitter, Yahoo, Aol, eBay, LinkedIn, Zynga (éditeur des jeux Facebook les plus célèbres)... et Mozilla. Lire ces noms côte à côte prouve que l’heure est grave : « c’est la première fois que nous nous accordons avec les géants du web sur quelque sujet que ce soit », constate la fondation Mozilla, qui développe le navigateur Firefox et travaille pour un Internet ouvert et libre. « Nous pensons que le SOPA menace notre activité en tant qu’entreprise, notre capacité à offrir des logiciels et des services en ligne aux millions d’utilisateurs qui comptent sur eux, ainsi que les nombreux employés et développeurs que nous soutenons pour continuer à innover dans ce secteur. »

SOPA menace en effet directement l’économie numérique. Si une cour de justice estimait qu’un site n’a pas fourni un effort suffisant pour empêcher un tel délit, une simple vidéo d’internaute chantant un tube devant sa webcam suffirait à faire plonger Facebook ou YouTube. Trois moyens d’action sont envisagés, proches « des méthodes de censure déjà éprouvées par la Chine, l’Iran et la Syrie », comme le rappelle Mozilla.

D’abord, le blocage pur et simple par DNS (domain name system). La manipulation consiste à couper le lien entre le nom de domaine d’un site (par exemple www.ecrans.fr) et l’adresse du serveur qui l’héberge (91.121.169.199 dans notre cas). Le premier ne redirige plus l’internaute vers le deuxième, et il devient impossible d’accéder au site demandé sans en connaître l’adresse IP. Un tel filtrage ferait perdre au site incriminé l’ensemble de son trafic américain.

Ensuite, SOPA prévoit de pouvoir censurer tout lien hypertexte menant à ce site, pour en fermer l’ensemble des portes d’accès. Les autres sites seraient alors contraints par décision judiciaire de faire disparaître leurs liens, y compris dans les résultats des moteurs de recherche. La victime du blocage devient alors invisible sur le web.

Enfin, SOPA permet de priver le site délictueux de toute forme de financement — soit en gelant ses revenus publicitaires si la plateforme qui s’en occupe opère sur le sol américain, soit en clôturant ses comptes en ligne. C’est ce qu’a subi WikiLeaks il y a un an, quand PayPal, Postfinance, Mastercard et Visa ont tous quatre décidé de leur propre chef de lui couper les vivres, considérant que son activité était « illégale ». Aujourd’hui, WikiLeaks ne publie plus aucun document fuité, faute de fonds.

 

 

« Nous partageons les objectifs décrits dans le projet de loi, précise la lettre (PDF) des géants du Net, c’est-à-dire mettre en place des outils pour renforcer la lutte contre les sites “voyous” [c’est le terme utilisé par les architectes de la loi, ndlr] dont l’activité repose entièrement sur l’infraction aux droits d’auteur et sur la contrefaçon. » Mais « nous vous demandons de considérer des moyens d’actions plus ciblés, pour préserver l’innovation et le dynamisme qui ont fait d’Internet un tel moteur de la croissance économique et de l’emploi. » Selon les signataires de la lettre, les ayants droit qui soutiennent SOPA se tirent une balle dans le pied en « compromettant la structure fondatrice » qui leur a permis de se développer sur Internet. Ils craignent également que les futurs entrepreneurs ne deviennent plus frileux et renoncent, face à des risques légaux aussi démesurés, à lancer de nouveaux projets d’espaces en ligne où les internautes peuvent « créer, discuter et partager légalement des informations. »

Quant aux fans de Justin Bieber, ils rappellent à juste titre que si la loi était votée, leur idole adolescent pourrait passer lui-même 5 ans derrière les barreaux, puisqu’il s’est fait connaître en postant sur YouTube des vidéos des reprises de chansons R’n’B. C’est sans doute le meilleur argument pour sensibiliser les plus jeunes internautes à la menace SOPA.

 

À lire également :

Etats-Unis : Google visé par une loi anti-piratage, c’est COICA ? (17/2/2011)


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