vendredi 16 février 2007 12:52
Etats-Unis : une loi pour bannir Myspace des écoles
par Astrid Girardeau
tags : politique , enfants , communauté , réseau social , Myspace
Le sénateur américain Ted Stevens a introduit au Sénat une nouvelle proposition de loi qui veut, au nom de la protection des enfants, « empêcher la diffusion de pornographie enfantine par les sites de vidéos en ligne, protéger les enfants des prédateurs en ligne et pour limiter la vente ou l’achat d’information personnelle sur les enfants dans le commerce entre Etats. » Parmi les actions, il propose de bloquer l’accès aux sites interactifs - dont les blogs et les réseaux sociaux - depuis les écoles et les bibliothèques dont la connexion Internet est financée par des aides fédérales. Le problème vient de la définition des sites à bannir, qui est tellement vague que cela viendrait à interdire des sites communautaires tels MySpace. Les trois parties de la proposition ne manquent pas d’approximations. Ainsi la première partie obligerait les sites pour adultes à ne pas mettre de contenu adulte sur leur page d’accueil et à rajouter un message d’avertissement sur toutes ses pages. L’idée s’avère dans les faits inutile puisqu’elle ne s’appliquerait qu’aux éditeurs de contenus américains. La deuxième, « Supprimer les prédateurs en ligne », envisage de bloquer l’accès aux chat-rooms et réseaux sociaux, cités comme les lieux de prédilection pour les « intentions déviantes ». Pour surfer, le mineur devrait être surveillé, supervisé, voire bénéficier d’une autorisation parentale. Enfin, la troisième partie concerne la protection des informations privées sur les enfants. Si cette proposition est nouvelle, il s’agit en fait d’un nouvel essai pour faire passer les idées du DOPA (Deleting Online Predators Act) qui, après avoir été voté à 410 contre 15 par la Chambre des Représentants en mai 2006, avait été refusé par le Sénat. Il avait alors été l’objet de vives critiques, notamment de la part des éducateurs et des bibliothécaires. Ainsi Leslie Berger, président de l’American Library Association, déplorait qu’avec le DOPA, les utilisateurs de ces ordinateurs « seraient injustement privés d’accès aux technologies et applications d’apprentissage et les plus puissantes du web ». Il rappellait qu’ils étaient « très concernés par le besoin de protéger les enfants par les prédateurs du web » mais qu’ils savaient aussi que « la meilleure façon de protéger nos enfants est de leur apprendre à faire des choix avisés sur le web ». C’est ce que soutient également Dr Larry D. Rosen, professeur de psychologie à l’université de Californie. En étudiant les adolescents sur MySpace il s’est aperçu que, la plupart repoussaient eux-mêmes ceux qui dépassaient les limites : « ils arrivent à bloquer l’importun, lui hurlent dessus en ligne ou utilisent tout autre moyen approprié ». Aujourd’hui, face à ce « fils de DOPA », on retrouve logiquement les mêmes arguments. Ainsi, Marianne Richmond de réaffirmer : « Mes objections contre le DOPA tiennent toujours : Internet est une merveilleuse source de connaissance et d’apprentissage pour les enfants ; mettre des restrictions n’éliminera pas les prédateurs. » Mais, si le contenu de la proposition est quasi le même qu’il y a quelques mois, le contexte, lui, est différent. Comme le redoute Preston Gralla : « On approche de l’élection présidentielle, qui suscite toujours une espèce de folie chez les candidats, particulièrement sur tout ce qui concerne les enfants. » A lire également sur Ecrans :
- Interview du Dr Larry D. Rosen, professeur de psychologie à l’université de Californie, qui a étudié la population adolescente de MySpace.
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