Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

jeudi 17 novembre 2011 16:14

  • médias

Euronews tire les langues

par Catherine Coroller

tag : Euronews

Photo Sébastien Erome. Signatures

De notre correspondante à Lyon

 

« C’est un immense pari », reconnaît Michael Peters, le directeur général d’Euronews. Courant 2014, la chaîne européenne d’info en continu devrait déménager son siège mondial d’Ecully (dans la banlieue de Lyon), et ses 800 collaborateurs — dont 400 journalistes de plus de 25 nationalités — au cœur de la capitale des Gaules, à la Confluence, le nouveau quartier branché de la ville. Objectif : donner une « visibilité absolument nécessaire » à une chaîne qui en manque. « Quand le directeur de Nissan arrive à "Ecully, ville fleurie", après avoir visité le siège de CNN à Atlanta, ça lui fait bizarre », plaisante Michael Peters.

L’immeuble, un cube rectangulaire vert fluo en forme de Lego de six étages, œuvre du cabinet d’architectes en vogue Jakob+MacFarlane, participera de cette volonté d’ostentation. « Nous allons promouvoir notre bâtiment à l’antenne, promet Peters. Ce sera un formidable vecteur de communication. » Samedi, jour de la pose de la première pierre, on se bouscule aux abords du chantier. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, est venu manier la truelle. Comme Gérard Collomb, maire de Lyon, et tout le gratin politique rhodanien. C’est que la présence d’Euronews compte évidemment pour une ville qui cherche à se poser comme capitale régionale internationale.

Visite, mercredi dernier, au siège d’Euronews. Les journalistes attendent la nomination du remplaçant de Georges Papandréou et la confirmation du départ de Silvio Berlusconi. Claudio Rosmino, l’un des responsables d’édition, un Italien, convoque l’équipe 9, ainsi nommée car elle a pris son service à 9 h 30 du matin. Chacun des onze journalistes qui la composent a pour langue maternelle l’un des onze idiomes dans lesquels émet Euronews (1). Ensemble, ils visionnent un reportage sur les réactions des Italiens à la situation dans leur pays. Claudio Rosmino leur donne ses indications. Et les onze retournent à leur ordinateur pour rédiger, chacun dans leur langue, le commentaire accompagnant les images, puis vont l’enregistrer dans une cabine. En début d’après-midi, Rosmino interviewe en duplex Luigi Spinola, analyste politique. Le visage du journaliste d’Euronews apparaît à l’antenne. Cette personnalisation est l’une des inflexions apportées par Lucian Sârb, le directeur roumain de la rédaction. Il s’agit d’« humaniser » l’antenne alors que, depuis sa création, Euronews se revendique « chaîne volontairement sans visage ». L’une de ses émissions phares, c’est No Comment. Sous-titre : « L’actualité en image et sans commentaires. » Ce choix répond à une volonté de neutralité. Et sans doute épargne-t-il à Euronews l’inflation des salaires qu’entraîne la guerre des journalistes. « Ici, on est tous plus ou moins égaux », déclare une rédactrice payée 2 500 euros net par mois « après onze ans de boîte ».

Par rapport à ses concurrentes CNN International, BBC World, Al-Jezira, voire France 24 ou la Deutsche Welle, Euronews est un nain. Certes, elle revendique la place de « première chaîne d’information en Europe » avec 6 millions de téléspectateurs quotidiens. Et dit être reçue, à l’échelle mondiale, par 350 millions de foyers dans 155 pays via tous les modes de diffusion : télévision, Internet, smartphone, tablette. Mais son budget est infime : 60 millions d’euros, contre 110 pour France 24 et 600 pour CNN.

En interne, le déménagement suscite des critiques. « Il n’impactera en rien les comptes d’Euronews, rétorque Peters. La construction du bâtiment coûtera 30 millions d’euros, qui seront financés par un prêt de la Caisse d’épargne à une SCI composée d’Euronews, la Caisse des dépôts et Voies navigables de France. […] Le seul impact sera un loyer plus élevé [payé par la chaîne à la SCI, ndlr], compte tenu de l’augmentation du nombre de mètres carrés. » Si les salariés s’inquiètent, c’est que le financement de la chaîne connaît quelques ratés. Ses recettes proviennent à 60% de la publicité, à 25% de la Commission européenne et à 15% des 21 télévisions publiques nationales qui composent son actionnariat. Or, ces dernières font parfois défaut. Avec trois compatriotes, Thomas Siemienski, journaliste polonais, assure un service dans sa langue de 17 heures à minuit. Mais Telewizja Polska refusant toute participation financière, les quatre Polonais risquent le licenciement.

Également menacés, les Portugais. Dans le cadre des mesures de rigueur prévues pour 2012, le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, a demandé à la Rádio e Televisão de Portugal (RTP) de se serrer la ceinture. Effet immédiat, cette dernière a annoncé son désengagement d’Euronews. « Le contrat [liant la RTP à Euronews] court jusqu’à janvier 2013, cela nous laisse un peu de temps », assure Maria Barradas, responsable de la langue portugaise à Euronews. Ignorant ces avertissements, la direction de la chaîne avance à marche forcée. En juin, elle a ouvert des bureaux à Bruxelles, Londres, Doha et Le Caire. Avec la nouvelle visibilité qu’elle escompte de son déménagement, espère-t-elle se rendre incontournable ?

(1) Allemand, anglais, arabe, espagnol, français, italien, persan, portugais, russe, turc et ukrainien.


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

Euronews - Euronews, new look

article précédent
Carbone, la radio qui vous enculte
article suivant
Exclusif : La Terre est ronde !


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • « Acte II de l’exception culturelle » : le décor est planté
  • Un clip dans ses petits papiers
  • Facebook, une entrée en bourse « préparée avec négligence » ?
  • Google-Motorola : les brevets qui valaient 12 milliards
  • Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • L'UE adopte un texte en faveur du maintien de la Grèce dans l'euro
  • Feuilletez le cahier Livres
  • Printemps arabe, la répression continue
  • Croissance et frictions franco-allemandes au sommet
  • Plaintes en rafales suite à l'entrée en bourse ratée de Facebook
publicité

Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Chronophage

Spewer

Attention, jeu dégueu.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »


No comment

img75
Tu sais, Brad...

« J’aime venir de temps en temps ici et regarder les avions passer. »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008