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lundi 12 mai 2008 06:58

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Eurovision 1968 : un prix espagnol Franco de port ?

Concours. Il y a quarante ans, la victoire aurait été achetée par le dictateur. La rumeur suscite la polémique jusqu’en Angleterre.

par Cécile Thibaud

tags : politique , musique

Franco a-t-il vraiment acheté la victoire espagnole à l’Eurovision en 1968 ? C’est ce que laisse entendre un documentaire diffusé par une chaîne de télé espagnole.

Vieille affaire ? Pas tant que cela, estime la presse anglaise qui s’est illico de la polémique. Et pour cause : si La, la, la de l’Espagnole Massiel avait gagné frauduleusement, avec 24 points, alors c’est le Britannique Cliff Richards, resté à un point de la victoire avec Congratulations, qui aurait dû rafler les honneurs de la soirée. Il n’est jamais trop tard pour réparer l’injustice, affirment les tabloïds anglais qui chauffent l’ambiance et dépeignent le vieux dictateur soudoyant l’Europe, spoliant l’Angleterre et volant la victoire de Cliff Richards.

Ce n’est toutefois pas exactement ce que décrit l’émission qui a mis le feu aux poudres. Sous le titre 1968, Yo Viví el Mayo Español (« 1968, j’ai vécu le mai espagnol »), le programme, diffusé par la chaîne privée La Sexta, ne consacre que quelques minutes au sujet. Il revient sur l’ambiance de l’époque, dans une Espagne autarcique, coincée entre censure et rébellion, avide d’échapper à l’ordre moral imposé par le franquisme. C’est dans ce contexte que l’on voit apparaître Massiel au festival de l’Eurovision, minirobe à fleurs et cuisses dodues, avec son La, la, la, emblème de la jeunesse comme le Caudillo les aime : pas compliquée et pas politisée.

C’est José María Iñigo, le présentateur idole des programmes télé pop et rock des années 70, qui lâche quelques paroles sibyllines : l’Eurovision était une sorte d’obsession pour le régime, raconte-t-il, une porte ouverte sur le reste de l’Europe et « l’occasion pour l’Espagne d’essayer d’acquérir un certain renom ». Puis il évoque « des manœuvres de notoriété publique pour essayer de gagner les votes de certains pays ». Pas d’accusation directe ni de preuve, donc, mais de vieilles rumeurs sur la façon dont se cuisinaient les jurys. D’ailleurs, aujourd’hui, indigné par la tournure des événements, José María Iñigo proteste : « Je n’ai jamais dit que Massiel avait gagné l’Eurovision en achetant les votes, je n’ai même pas parlé d’elle », clame-t-il.

Le directeur des programmes de l’Eurovision, Bjorn Erichsen, est lui aussi sceptique. « Franco était-il si attaché à la victoire de son pays ? Ecoutez, il ne s’agit pas de l’Otan, de l’Union européenne ou d’un sujet politiquement influent. Ce n’était après tout qu’un vulgaire concours de chansonnettes. » Avant de tout de même ajouter : « Cela dit, je n’exclue pas qu’il y ait un parfum de vérité dans tout cela. »

Pour les experts en Eurovisionologie, les attaques contre Massiel ne sont qu’une façon de promouvoir le candidat espagnol à l’Eurovision de cette année, Chikilicuatre un personnage foutraque de rocker à la banane en carton-pâte inventé par un humoriste de La Sexta, justement, et qui pousse jusqu’au bout l’absurde de l’Eurovision avec sa chanson Baila el Chiki Chiki. Avec tant de dérision qu’il s’est attiré les foudres de vieux puristes du concours, dont Massiel, scandalisée par ce qu’elle estime être « un manque de respect » pour l’institution.


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