EvE online : tranches de vie galactiques
Le jeu de rôle en ligne « EvE online » vient de fêter ses quatre ans. Pour l’occasion, les joueurs partagent leurs meilleurs souvenirs.
tags : science-fiction , jeux en ligne , univers persistants
« Toutes ces planètes, ces lunes, ces stations orbitales, avec le soleil en fond, c’était à s’en décrocher la mâchoire » - DR
« J’espère qu’ils vont fermer les serveurs à un moment ou un autre de la journée pour que je puisse prendre une douche ». Pour les Islandais de CCP, concepteurs d’EvE online, le pari était gagné quand ils ont lu cette petite phrase, écrite par un joueur le jour de la mise en route. Quatre ans plus tard, les serveurs sont toujours ouverts et accueillent environ 200.000 personnes, qui pour 10 à 15 euros par mois s’attellent à contrôler l’espace intergalactique. EvE online est un MMORPG (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) dont le monde persistant gravite loin des redondances du genre : pas de magiciens ni d’épées sacrées mais des vaisseaux spatiaux, des mises en orbite et des stations spatiales dans un univers space opera gigantesque composé de milliers de systèmes solaires. Sur le forum célébrant les quatre ans d’existence du monde d’EvE Online, où les membres se remémorent les meilleurs moments procurés par le jeu, ce gigantisme occupe une place de choix. ShuPac raconte « la première fois que je me suis connecté et que j’ai sorti mon vaisseau du hangar… Toutes ces planètes, ces lunes, ces stations orbitales, avec le soleil en fond, c’était à s’en décrocher la mâchoire ». Blarech Frodot se souvient également du premier jour, « quand j’ai réalisé à quel point le système solaire était immense. Je n’avais jamais été aussi impressionné par un jeu, alors quand on m’a dit qu’il y avait des milliers d’autres systèmes solaires à arpenter, tous aussi grands… Ca m’a fait un choc, je suis resté en extase pendant plusieurs semaines. » Quatre ans, c’est un âge déjà vénérable pour un jeu de ce type où la concurrence féroce laisse beaucoup de titres sur le carreau. EvE, au contraire, rencontre un succès croissant, fort de son esthétique fascinante et de ses batailles dantesques. « Je garde un très grand souvenir de mes premiers pas dans l’espace lointain, pour un affrontement d’envergure, continue ShuPac. La bataille a duré deux ou trois heures et je me suis retrouvé au milieu d’explosions, de grands vaisseaux, de missiles, de roquettes, de rayons laser… Je réalisais un rêve de gosse ! ». Les batailles, c’est aussi le risque et la peur, lorsqu’un vaisseau laborieusement payé peut être détruit en quelques secondes. « Je ne vois pas d’autre jeu où l’on peut perdre tellement de choses en si peu de temps. Il y a de quoi transpirer », résume Trafolgor. D’autres évoquent l’adrénaline, les mains qui tremblent et le cœur qui bat trop vite… Ghengis Khan témoigne : « impossible d’oublier cette première fois, les mains moites, shooté à l’adrénaline, lorsque vous visez quelqu’un pour ouvrir le feu et le détruire. » Chaque abonné incarne un avatar qui progresse avec le temps, acquiert du matériel, customise ses vaisseaux et élargit sa flotte. Avec l’expérience, les rencontres, les réseaux, chacun peut faire son trou dans une des corporations qui contribuent à façonner la carte politique de l’univers. Et au bout de quatre ans, les systèmes solaires sont plus que jamais l’enjeu de luttes démesurées et d’alliances opportunes pour le contrôle des ressources et des comptoirs commerciaux. Le tout dans un cadre tellement libre qu’il en a inspiré un article économique au Financial Times. Un nouveau joueur commence automatiquement dans une corporation pour débutants, mais il est appelé avec le temps à évoluer dans une organisation gérée par d’autres joueurs. Ainsi, après avoir été détruit lors d’un long voyage loin de ses bases, Tivian tente de retourner coûte que coûte à bon port dans une navette de secours quand il tombe sur un vaisseau gigantesque, hostile et terriblement armé. « Je savais que j’allais y passer, tant ma capsule était minuscule à côté de lui. Dire que j’étais mort de trouille est un euphémisme. Alors j’ai attendu qu’il me prenne pour cible et je l’ai provoqué violemment pour qu’il m’élimine en vitesse. Interloqué, il ne m’a pas tué et nous avons discuté : une heure plus tard, j’étais enrôlé dans sa corporation. » Avec ses 200 000 joueurs répertoriés, EvE pourrait faire poids plume, comparé par exemple au blockbuster Worlds of Warcraft (8,5 millions d’abonnés actifs). Mais contrairement à ce dernier —divisé en une nuée de « royaumes », des répliques identiques du même monde accueillant jusqu’à 3.000 personnes simultanément—, tous les joueurs d’EvE cohabitent dans le même univers, multipliant d’autant les possibilités d’interaction. « J’ai l’impression qu’il ne se passe pas une semaine, voire un jour, sans que je ne rencontre une personne avec qui le courant passe, que nos rôles dans le jeu soient en accord ou pas. C’est un des fondamentaux de cet univers et ça explique, je pense, pourquoi les joueurs l’apprécient tant », estime Bekka Jae. « Mon meilleur moment a été de rejoindre une corporation, et surtout de rencontrer son chef : aujourd’hui c’est mon mari » rigole Berzmann. Blade Gunner, lui, rappelle « la mort IRL (In Real Life, dans la vraie vie) d’un pilote très respecté dans les premiers temps du jeu. Nous lui avons rendu hommage et, cette nuit-là, alors que beaucoup étaient en guerre, la paix a régné en l’honneur d’un ami disparu. »
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