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jeudi 19 août 2010 10:35

  • cinéma

« Expendables » : tiens, voilà du bourrin

Réalisateur et acteur, Stallone s’englue dans un film d’action sorti des années 80. Dispensable.

par Gilles Renault

Photo Metropolian Film

Expendables de et avec Sylvester Stallone
avec Jason Statham, Jet Li, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis… 1 h 45.

Durant les années 90 et la première moitié des années 2000, on a cru Sylvester Stallone perdu pour le cinéma (qui a dit : « Et alors ? »). Non seulement ses films continuaient d’être mauvais (Assassins, Get Carter, Driven, D-Tox… la liste est aussi longue qu’effarante), mais la béquille du succès populaire, sur laquelle il s’était si longtemps appuyé, ne parvenait plus à le soutenir.

Puis, confondant sa propre destinée avec celle des deux héros qui l’avaient catapulté sur le toit du monde - ou, du moins, des multiplexes -, Stallone a redressé la barre, en orchestrant lui-même la résurrection de Rocky, suivie de celle de Rambo. Miraculeusement, le premier échappait au ridicule, tandis que le second, violent et poussif, n’offrait aucune avancée significative dans la gestion monobloc du personnage.

Sans avoir cassé la baraque, les deux films ont permis à l’acteur-réalisateur de récupérer un certain crédit, aboutissant aujourd’hui à Expendables, grosse production pour laquelle les distributeurs français n’ont pas eu le cran d’adopter une traduction simultanée qui aurait donné ceci, littéralement, « Ceux dont on peut se passer » (ou « les seconds couteaux »). Au lieu de quoi, le sous-titre devient ici « Unité spéciale » qui, s’il annonce la couleur virile, n’induit plus une mise en garde liminaire qui aurait pourtant mérité être prise au pied de la lettre.

Car ces Expendables en mission inspirent la plus grande méfiance. Montagnes de viande saturée de stéroïdes, il y a là une tripotée de pachydermes conduisant un train fantôme du cinéma d’action des années 80 (cf. les nanars racistes du Cannon Group sur lequel régnaient les cousins Golan et Globus), à bord duquel ont pris place deux ou trois challengers actuels. Autour de Stallone - chez qui le bistouri a quasiment anéanti pour toujours toute expression du visage -, on retrouve ainsi Dolph Lundgren, Mickey Rourke, Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger, Steve Austin, Jet Li et Jason Statham (manquent tout de même à l’appel Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris et Steven Seagal), unis pour estourbir une nouvelle poignée de métèques qui tyrannisent un coin non défini d’Amérique latine (le film a en réalité été tourné au Brésil, où on accuse désormais l’équipe américaine d’avoir laissé une ardoise de 2 millions de dollars - 1,5 million d’euros).

Le scénario ne va pas plus loin, assénant juste que, pour en être arrivé à une telle situation, les manigances de la CIA (featuring Eric Roberts, au point où on en est…) y sont carrément pour beaucoup. Voilà pour le coup de pied de l’âne hollywoodien, enveloppé dans une flopée de cascades, de bastons et d’explosions d’autant plus rébarbatives qu’elles ne reposent sur rien de conséquent.

Mal joué et réalisé, pauvrement dialogué, Expendables reste un film de bourrins où les freaks hypertrophiés enquillent les poncifs sans jamais se rattraper aux branches du second degré. Illustration superlative, la confrontation vacharde entre Stallone et Schwarzy paraît relever de l’improvisation (« Mes kilos perdus, tu les as pris ! » bouhhhh !) et le dynamitage autoparodique - qui se présentait comme unique échappatoire - tourne court, brandon dérisoire comparé par exemple au récent Tonnerre sous les tropiques de Ben Stiller.

La légende raconte que Stallone, réfractaire à la machine à écrire et à l’ordinateur, rédige ses films à la main. Un sympathique anachronisme qui devient gageure, avec des moufles et un marqueur.

Paru dans Libération du 18 août 2010


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