mercredi 9 avril 2008 18:18
Extrêmement rose et incroyablement piqué de badges
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
A chaque MIP —un en octobre, l’autre en avril—, le même trio d’interrogations : alors, ça monte ? Alors, quelle tendance ? Et alors comment sera-t-il cette année ? Réponses pour cette édition du MIP et dans l’ordre : oui, rose et piqué de badges. Oui donc, ça monte. Le maousse chantier qui s’élève peu à peu à côté de l’hôtel où nous avons nos habitudes. L’observation y est pratique puisque, si l’on monte ou baisse d’un étage au fil des éditions, la chambre donne systématiquement sur ce chantier. On l’a connu démolition puis fosse béante pendant deux ou trois MIP de suite, les ouvriers creusant et creusant jusqu’à atteindre la mer (enfin, c’est ce qu’on s’est dit). D’un coup en octobre dernier, des murs ont commencé à s’élever et cette fois, ça commence à prendre vraiment forme. Paraît qu’il y aura désormais un jardin aérien sous notre fenêtre. C’est toujours mystérieux un chantier, des types font des petites choses dans leur coin —hier, un ouvrier réglementairement casqué a passé des heures a donner des petits coups avec un riquiqui marteau sur une cloison—, et d’un coup, boum, un mur. Ne comptez pas sur nous pour faire une métaphore avec le monde de l’audiovisuel. Rose, maintenant. Au fur et à mesure des MIP, une conclusion s’impose : il y a un micro-climat vestimentaire sur Cannes, une exception culturelle de la sape : ça paillette, ça fluotte, ça revers-en-fourrure. Et ça ne ressemble à rien de connu. Donc chaque année, nous allons lécher les vitrines à la recherche de la tendance ultime, nous avons eu le doré l’automne dernier, sapindenoëlesque à souhait. Au printemps 2007, c’était les grosses fleurs sur fond turquoise qui nous ont tout juste consolé de la regrettée disparition du motif panthère. Là, inutile de se cacher l’horrible vérité, la tendance, c’est le rose. Mais pas un rose pastel, pas un vieux rose un peu délicat, non, un rose fluo qui vous agresse l’œil et se plaît à persister dans la rétine donnant aux passants, à Cannes voire à votre voisin de plume un ton framboise des plus louches. Ainsi cette nuisette —ah non, c’est une robe— rose pétard, acrylique avec des petits volants en bas, soit au niveau dirons-nous de la religion, qui trône dans la vitrine d’une boutique en bas de l’hôtel. Elle semble supplier : achetez-nous, je sais je suis moche, vulgaire, immettable, mais s’il vous plaît prenez-moi. Ne comptez pas sur nous pour faire une métaphore avec le monde de l’audiovisuel. Piqué de badges, enfin. L’élégante sacoche de postier américain que l’organisation du MIP vous confie en même temps que votre badge d’accès au bunker du Palais des festivals. C’est un sac en tissu qu’orne le motif de la chaîne qui a payé pour s’afficher sous le bras de chacun des 13 000 festivaliers. On l’a eu noir avec une broderie Fox Kids, on l’a eu gris métallisé et aussi orange. Cette année, la sacoche est marron et confirme la résurrection de l’une des calamités des années 70 : le badge. Pas le petit pins, non, le gros badge qui se pique sur le sous-pull qui gratte. Là, le sac du MIP, on croirait le blouson en jean d’un fan de Iron Maiden : pas moins de treize badges, à l’effigie des productions de Dorimediagroup, spécialiste de la telenovela, depuis El Refugio jusqu’à SOS Mi vida en passant par Juanita la soltera. Le refuge, Juanita la célibataire, au secours ma vie, mouais. Ne comptez pas sur nous pour faire une métaphore de quoi que ce soit. Demain : on se barre. A lire également sur Ecrans.fr :
- Coquilles et conséquences
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