jeudi 4 août 2011 11:36
« Fable III » : les très riches heures d’Albion
par Olivier Séguret
tag : voyage
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[Tourisme virtuel 4/6] . Odieux tyran ou prince aimé, régnez à votre guise dans ce pays de fins lettrés aux mœurs débridées. L’extraordinaire royaume d’Albion n’a pas de lien direct avec l’ennemi perfide dont la France fut dotée durant quelques siècles. Il a été découvert plutôt tardivement, en septembre 2004, lorsque fut rapporté le premier volume picaresque décrivant ce pays. Depuis, deux autres grands récits sont venus attester ses splendeurs et ses richesses mais c’est à bord du plus récent, Fable III, que nous vous conseillons illico d’embarquer. Notre connaissance d’Albion doit énormément à l’obstination d’un homme. Aussi sûrement que le nom de Vasco de Gama est attaché à la découverte de la route des Indes, celui du Britannique Peter Molyneux est lié pour l’éternité à celui d’Albion, dont il a ouvert la voie et qui est devenu son unique objet d’études depuis près de dix ans. Albion est un pays à la fois très facile à vivre et déroutant. C’est l’un des très rares mondes virtuels à cumuler en son sein plusieurs genres. Non seulement le RPG (jeu de rôle) dont il est un classique, mais aussi une forme de gestion, puisque le voyageur peut ici acquérir villas, villages et châteaux selon sa bonne fortune. De ce point de vue, Fable III propose des occasions en or à tous ceux qui, dégoûtés par le marché de l’immobilier, sont en quête d’un coin pittoresque à moindre frais. D’autant que, moyennant des petites astuces tout à fait régulières, l’argent, ici, coule vite à flots dans les poches des touristes. Albion était à l’origine une coalition de cités-Etats dont le modèle politique ressemble un peu à celui en vigueur dans l’Italie du Moyen-Age. Au fil du temps (qui passe là-bas plus vite que sur Terre), le pays s’est unifié et cet endroit que nous avions connu dans un état d’anarchie baroque a subi en quelques années des transformations qui, chez nous, ont pris plusieurs siècles. Dans Fable II (2008), Albion connaissait son siècle des Lumières. Dans Fable III, le pays est déjà à l’aube de sa révolution industrielle, tout en fracas et vapeurs. Mais entre les villes elles-mêmes, s’étendent encore d’immenses vallons et des campagnes isolées où sommeillent d’innombrables trésors. Malgré sa rudesse, parfois sa rusticité, Albion est un pays de fins lettrés. Le livre, sous toutes ses formes, y tient une place particulière et presque sacrée. Nous ne recommanderons jamais assez aux explorateurs de prendre le plus grand soin de tout exemplaire trouvé au cours de leurs pérégrinations… Au moment de votre arrivée, certains quartiers populaires feront peine à voir, au point que l’on se demande s’ils n’auraient pas été la source d’inspiration secrète du Dickens le plus sombre. Là encore, il ne dépend que de vous d’arranger les choses et de conduire vos citoyens vers un avenir radieux. Ou pas. Car c’est l’autre immense intérêt de ce pays peu banal : vous pouvez en faire un cauchemar ou un rêve. Libre à vous d’être un tyran odieux et maléfique ou un prince angélique et aimé. A tous ceux animés d’un penchant sadique trop longtemps réprimé, la contrée offre un défouloir sans bornes : tuez la veuve, troussez l’orphelin, levez une armée de mercenaires, célébrez des messes noires en égorgeant des poussins avec les dents et pétez au nez de qui vous voudrez. Le mal, pourvu qu’il soit accompli dans les règles, se voit aussi richement récompensé que le bien. Dans le même ordre d’idée, Fable III est l’un des très rares jeux qui rendent possible la construction d’une identité sexuelle absolument singulière, et qui encourage même aux comportements les plus baroques et créatifs en la matière. D’une façon générale, ce sont plutôt les cordes de la contemplation bucolique, du vagabondage et de la bienveillance que nous vous conseillons de faire vibrer dans ces sites exceptionnels. La qualité des paysages n’est pas qu’une question de puissance graphique : il y a vraiment de l’art en mouvement qui se cache parfois dans les reflets d’un lac ensoleillé ou derrière une gerbe de coquelicots tremblants. On croit même parfois sentir sur notre nuque le souffle de Tristram Shandy, qui serait comme chez lui dans ces reliefs bigarrés, mal famés mais grouillants d’aventures. Paru dans Libération le mercredi 3 aout. Les autres destinations :
« FF XII » : escale épique à Ivalice
« Zelda » et les reliefs du monde d’Hyrule
« L.A. Noire » : Los Angeles 1947, mythe en devenir
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