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lundi 14 mai 2012 19:07

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Facebook : Vos données, ce sont aussi un peu les siennes

par Camille Gévaudan

tags : vie privée , Facebook

Image extraite du site "OurPolicy.org"

A quelques jours de son entrée en bourse (prévue vendredi), il s’agit pour Facebook de se montrer présentable et respectable. D’abord sur la forme, en corrigeant l’attitude négligée de son jeune PDG, dont les retards et l’éternel sweat à capuche semblent donner des frissons d’horreur aux futurs investisseurs. Ensuite et surtout sur le fond, en se préoccupant enfin de ramener le réseau social aux 900 millions de membres dans la légalité... car ce n’est pas encore le cas.

Comme prouvé par une bande d’étudiants en droit pointilleux, regroupés sous le nom Europe vs Facebook, Facebook contrevient en une vingtaine de points aux directives européennes régissant la vie privée en ligne, et ne semblait pas, jusqu’à aujourd’hui, plus pressé que ça d’y remédier. Mais c’était sans compter sur la détermination sans faille des étudiants autrichiens, pas effrayés pour un sou par la monstrueuse entreprise californienne, qui ont saisi de 22 plaintes l’équivalent de la CNIL en Irlande (où siège Facebook Europe). Leur analyse juridique a été validée, et Facebook contraint par la commission irlandaise de réviser sa politique de confidentialité avant le 31 mars 2012.

Le délai est passé depuis belle lurette et le dossier n’a pas beaucoup avancé, mais la perspective de l’entrée en bourse — autrement plus excitante qu’une injonction de la CNIL — semble avoir fait son petit effet. Facebook vient donc de publier une nouvelle version de sa Politique d’utilisation des données (Data Use Policy) pour plus de transparence (l’ancienne est lisible ici, pour comparaison).

La majorité des changements apportés sont anodins. « Nous avons remplacé le terme “profil” par “journal” et “publication” par “actualité” dans l’ensemble [du texte] », explique Facebook, et « nous avons aussi ajouté des références à des fonctionnalités liées au journal (par exemple les photos de couverture) » car la précédente version du texte a été écrite avant le lancement de ces fameux profils en mode « Journal ».

Mais d’autres ajouts sont plus intéressants. Dans la section détaillant tous les types d’« informations que Facebook collecte sur vous », sont apparus notamment : « votre fournisseur d’accès » ou encore « des données sur l’ordinateur, le téléphone mobile ou tout autre appareil que vous utilisez pour vous connecter à Facebook, y compris lorsque plusieurs utilisateurs se connectent depuis le même appareil »... Ce qui suggère que Facebook sait qui fréquente qui dans la vraie vie.

 

« Facebook essaye de “légaliser” ses abus en les écrivant »

 

De même, Facebook écrit désormais noir sur blanc que « quand des internautes utilisent Facebook, ils peuvent stocker et partager des informations sur vous, par exemple en uploadant leur carnet d’adresses et en gérant leur invitations. » C’est exactement la procédure que dénonçaient les étudiants autrichiens dans leur rapport initial : quand on autorise Facebook à fouiller dans son carnet de contacts e-mail pour retrouver rapidement ses proches sur le réseau social, toutes les informations récupérées (nom, prénom, adresse e-mail...) sont soigneusement conservées sur les serveurs de Facebook. Elles servent notamment à alimenter des profils secrets (shadow profiles) pour les contacts non inscrits sur le réseau..

Mais ce n’est pas parce que c’est écrit que cela devient permis... « Facebook essaye de “légaliser” ses abus en les inscrivant dans sa Politique d’utilisation des données, note Europe-v-Facebook. Mais ils ne font que s’octroyer toujours plus de droits. »

 

« Responsable du traitement »

 

Pire encore : l’avant-dernier paragraphe du texte précise désormais que « Facebook Irlande Ltd. [...] est responsable du traitement de vos informations personnelles. » La phrase n’a aucune chance d’alerter l’internaute lambda, mais elle scandalise les jeunes juristes d’Europe-v-Facebook.

« Responsable du traitement », ou « controller » en anglais, « est un terme juridique défini dans l’article 2 de la directive européenne 95/46/EC, expliquent-ils à Ecrans.fr. Il désigne celui qui a le contrôle total d’un ensemble de données. Celui qui en est le “propriétaire” légal, en quelque sorte. Jusqu’à aujourd’hui, Facebook avait l’habitude de dire que“ nos profils” et “nos données” nous appartenaient, et que l’on pouvait en faire ce que l’on voulait. » Mais cette théorie a été mise à mal lorsque Max Schrems, l’un des étudiants, a découvert que Facebook conservait sur ses serveurs tous les données (y compris les messages privés et les tchats) qu’il croyait avoir supprimés. « Et maintenant, voilà qu’ils renversent la situation en écrivant que ce sont eux les responsables du traitement, les “propriétaires” de nos données ». Ils se donnent ainsi carte blanche pour traiter les informations personnelles à leur guise. « C’est juste un petit mot, typique du jargon juridique, mais il change toutes les fondations de la propriété du contenu sur Facebook ! »

 

7 jours pour 7000 commentaires

 

Le seul moyen d’influer sur la direction choisie par Facebook est d’exprimer un refus massif des changements proposés en postant en 7 jours « 7 000 commentaires concernant une réclamation particulière ». Max Schrems appelle à la mobilisation générale : « On veut faire plier Facebook non seulement en regard de la loi européenne, mais également sur sa propre plateforme. Si l’on réunit les 7 000 commentaires en 7 jours, ils auront un sérieux problème » car ils devront soumettre le nouveau texte à un vote. Il y a peu de chances que ledit vote aboutisse à un abandon des modifications, car il sera pris en compte seulement si 30% de tous les utilisateurs actifs (soit 300 millions d’internautes) y participent. Mais c’est une question d’image : un désaveu le jour de l’entrée en bourse ferait tache.

 

 

Pour que tous les mécontents se mettent d’accord sur les mêmes doléances, les étudiants autrichiens ont monté en une nuit un nouveau site, OurPolicy.org. Ils y listent toutes leurs revendications pour un réseau social respectueux des directives européennes et de la vie privée de ses membres : demander le consentement des utilisateurs avant de changer les conditions d’utilisation, clarifier qui est le « responsable du traitement » des données, ne pas activer par défaut les fonctionnalités de tag et de reconnaissance faciale sur les photos...

Il suffit donc de se rendre sur le billet de blog où Facebook annonce ses changements de politique, et de poster cette phrase en commentaire : « I oppose the changes and want a vote about the demands on www.our-policy.org. »

2 300 refus ont déjà été enregistrés.

 

A lire également :

- « Europe versus Facebook », deuxième round
- Facebook : la mémoire cachée


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