Factures, fracture
par Pierre Marcelle
tags : politique , économie , FAI
La vie chère ? Que nenni… Juste une « impression » de vie chère, nous expliquent, derrière les ministres Lagarde, Woerth ou Bertrand, les exégètes de la chose économique, de cette tendance dont Jean-Marc Sylvestre est le saint patron : tous ceux-là qui, concédant du bout des lèvres que la « cyber-révolution » a un coût, ont aboli de leurs discours, voire de leurs consciences, tout citoyen qui ne soit numérisé… Mais si les outils que sont notamment les téléphones jetables et l’ADSL produisent ici et là de la surrichesse, ils accentuent en proportion la misère matérielle (sans parler de celle, spirituelle, que génère l’universelle déshumanisation) de tout le corps social, et bien au-delà de ceux qui en sont démunis. Car on sait maintenant que la « révolution numérique » réside surtout dans le basculement des dépenses d’Etat sur les budgets privés de ses thuriféraires. Et l’on sait aussi sûrement, à l’inverse, que le haut débit d’Internet dissimule d’abord la dépendance du voyageur sans billet que les robots bornés de la SNCF humilient ; que le racket des opérateurs de téléphonie mobile dicta l’abolition des cabines ; que les bénéfices exorbitants des opérateurs ADSL répercutent les économies générées par le démantèlement de tous les guichets, rendant ainsi les administrations d’Etat à peu près inaccessibles aux vieux et aux pauvres. Ainsi se facture, à des tarifs de hot-lines, le service public à la carte à puce ; ainsi s’énonce comme une fatalité la mort sociale du vieux et du pauvre. On appelait cela la fracture numérique. La voici désormais consentie, quand il n’est plus de SDF qui ne possède son chez-soi, fût-il réductible à un téléphone aussi « nomade » que lui. Le bonneteau statistique de l’Insee nous fait assurément le service public admirable. Il le sera d’autant plus lorsque sera instaurée, à tout le moins pour les vieux et pour les pauvres, la gratuité du service numérique. Laquelle sera demain le prix des droits de l’homme tout court.
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