mercredi 14 janvier 2009 16:32
« Fados » sans fadeur
Porto. Malgré un déficit chorégraphique, Saura offre aux aficionados un petit trésor musical.
tag : musique
Fados, de Carlos Saura, avec Carlos do Carmo, Mariza, Camané... 1h25.
Avec Fados, l’Espagnol Carlos Saura ferme une trilogie documentaire consacrée aux folklores urbains. Le dispositif qui a servi à Flamenco (1995) et à Tango (1998) est reconduit : les artistes sont filmés en studio, sans décor ou presque, dans des atmosphères travaillées par les éclairages. Le film se passe de fil narratif pour offrir une mosaïque illustrant la diversité du genre musical et ses liens avec son berceau, Lisbonne. Première différence (et première déception) par rapport aux volets précédents : si le flamenco et le tango possèdent une forte composante chorégraphique, le fado ne se danse pas. Le parti pris d’illustrer la musique par des créations actuelles ne convainc pas : on est plus près de l’esthétique du show télé que du ballet contemporain. Heureusement, Carlos Saura (né en 1932) a appris à filmer en cinquante ans de carrière et les gros plans sur les visages, les doigts qui glissent sur le manche ouvragé des guitares portugaises, sont plus que de belles images. La musique elle aussi est à la hauteur, qu’il s’agisse du fado traditionnel (merveilleux Camané, bouleversante Argentina Santos) ou des tentatives de fusion avec le flamenco (duo intense de Mariza et Miguel Poveda), la ranchera mexicaine (Lila Downs), le Brésil (Chico Buarque, Caetano Veloso) ou la morna cap-verdienne (Lura, belle à tomber). Reste qu’un tel projet a peu de chances d’intéresser au-delà du cercle des aficionados world. Le récit non didactique évite les lourdeurs, mais il laisse en plan le non-initié. Des sujets passionnants sont effleurés, comme le rapport avec la dictature et la méfiance de la gauche pour ce genre catalogué parmi les trois « F » censés abrutir le peuple : fado, futebol, Fatima. La réalité est plus complexe : Carlos do Carmo, conseiller artistique du film, fut un militant du PC clandestin et José Afonso, chantre de la révolution des Œillets, avait une relation forte avec le fado, dans sa variante estudiantine de Coimbra. Fados s’achève sur un moment de grâce : dans un décor de casa de fado reconstitué sans souci de réalisme, à la limite du carton-pâte, se déroule une superbe joute chantée entre les jeunes Pedro Moutinho et Ricardo Ribeiro. Partir du factice et aller vers la vérité des émotions résume finalement ce voyage attachant malgré ses défauts. Paru dans Libération du 14 janvier 2009
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