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lundi 26 novembre 2012 17:20

  • télévision

« Faire surgir l’étrange dans le familier »

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : série , Interview , Canal+

DR

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« Les Revenants », les feux de la mort

Canal+ inaugure sa très réussie série fantastique où les défunts sont de retour parmi les vivants.

Après son premier film de cinéma, Fabrice Gobert, 38 ans, avait « très envie » de travailler sur une série, un genre qui le « passionne ».

 

Où en était le projet des Revenants au moment où vous êtes arrivé ?

Au commencement était le film de Robin Campillo, les Revenants, produit par Haut et Court qui a eu l’idée, il y a cinq ans, d’en faire une série pour Canal +. Le point de départ de la série, c’est celui du film : les morts reviennent mais sans les stigmates des zombies, c’est l’anti-Walking Dead. La différence, c’est qu’on va plus dans l’intime, dans l’émotion. Le projet avait été développé avec différents auteurs mais sans arriver à quelque chose de complètement convaincant. Et puis ils ont vu Simon Werner a disparu, qui ressemblait à ce qu’ils avaient envie de faire. Pendant quatre mois, j’ai écrit deux épisodes seul afin de voir si on parlait de la même chose, si Canal+ était d’accord sur les directions à prendre : on était d’accord.

C’était quoi, ces directions ?

Imaginer un univers réaliste dans lequel on pourrait introduire progressivement du fantastique en allant de plus en plus loin. Le fantastique ne va pas de soi dans la fiction française et il fallait préparer le terrain. En même temps que la grille des personnages, j’ai mis des références : Bret Easton Ellis, Charles Burns, Gregory Crewdson, qui fait d’immenses photos de la banlieue. C’est exactement ce que j’ambitionnais : faire surgir l’étrange et le fantastique dans un élément familier.

Pourquoi Emmanuel Carrère a-t-il quitté la série ?

Au bout de quelques mois, j’ai eu besoin de travailler avec quelqu’un. Le nom d’Emmanuel Carrère a surgi ; ça me plaisait énormément. On a réécrit ensemble les premiers épisodes. Avec la sortie de Limonov, il n’a pas pu aller jusqu’au bout, mais son apport a été décisif : avec lui, on a creusé les personnages et travaillé sur le rythme. En se disant qu’on pouvait être un peu lent et passionnant.

C’est souvent le reproche qu’on fait aux séries françaises que d’être lentes, de ne pas pratiquer l’ellipse. Or là, c’est lent et trépidant.

C’était le but ! On a beaucoup travaillé pour qu’il y ait des moments suspendus et des accélérations. Des plans séquences de quarante-cinq secondes et d’un coup des choses beaucoup plus montées. Il fallait jouer sur tout ce que la grammaire de la fiction télé permet pour raconter le mieux possible et être au plus proche des personnages.

Référence évidente : Twin Peaks…

Twin Peaks, je n’en ai parlé à personne, ni pendant l’écriture ni pendant le tournage, mais c’était évidemment là. On ne préférait pas se dire qu’on allait faire un Twin Peaks à la française, ça aurait fait toc.

 

 

Aviez-vous en tête le complexe de la fiction française par rapport aux séries américaines ? Ces zones pavillonnaires, ces pick-up, le diner, le Lake Pub. Le seul élément français, ce sont les gendarmes…

Il s’agissait de mélanger les éléments d’une petite ville française perdue au milieu de nulle part — la médiathèque, les gendarmes —, avec des éléments qui permettent de plonger dans un univers de fiction fantastique et donc plutôt de fiction américaine. Parfois, c’est fortuit : le bar devait s’appeler la Licorne et puis on a vu cet endroit qui s’appelle vraiment le Lake Pub et on a trouvé dommage de le changer. Et le diner est à 10 kilomètres du Lake Pub, tout est à côté d’Annecy. Mine de rien, c’est complètement réaliste.

Quel est le rôle du barrage, de la montagne ?

C’était important pour ressentir cet endroit isolé avec cette espèce de menace représentée par le barrage, cette épée de Damoclès, le souvenir de catastrophes qui hantent cette ville. Les montagnes l’isolent complètement et on sent que, si un secret devait surgir, il pourrait rester circonscrit à cet endroit.

La lecture religieuse est-elle valide ?

Quand on parle du retour des morts, il y a forcément une dimension religieuse. D’autant que le paranormal est quand même ultraprésent dans la Bible… L’apocalypse est là dans toutes les religions. Etymologiquement, ça signifie la révélation de ce qui est caché. Ça peut évoquer le jugement dernier, mais aussi la saga de l’été sur France 2 !

Mogwai signe la bande originale. Outre que vous ne vous mouchez pas du coude, comment avez-vous travaillé avec eux ?

Il faut juste demander poliment… Là, je les ai prévenus très tôt, au moment de l’écriture. Du coup, ils ont eu le temps de composer et pendant le tournage, on écoutait leur musique, ça parlait beaucoup plus que n’importe quelle indication scénique.

La saison 2 est-elle déjà engagée ?

Canal + a envie que ça se prolonge, ça dépendra des audiences. Il y a des envies d’avancer avec ces personnages. Il y aura une sorte de zombification… Le fait qu’on ne peut pas identifier les revenants sera très important… L’idée c’est d’être en réaction par rapport à la culture qu’on a du fantastique, essayer d’être surprenant et juste. De ne pas aller dans des contrées dont on ne revient pas.

 

Paru dans Libération du 26 novembre 2012


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