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jeudi 28 avril 2011 15:30

  • cinéma

«Faire un cinéma de références sans tomber dans le pastiche»

par Bruno Icher

tag : gore

Photo La Fabrique 2

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Une idée derrière latex

« Les Nuits rouges du bourreau de jade », série B sadique de deux cinéastes français installés à Hongkong.

Physiquement, ils se ressemblent un peu. Et, quand ils parlent, on finit par confondre Laurent Courtiaud et Julien Carbon. Depuis près de quinze ans, ils vivent à Hong­kong après avoir écrit dans diverses publications, comme HK dont ils sont cofondateurs, le Cinéphage ou Mad Movies. A Hongkong, ils ont travaillé comme scénaristes pour Tsui Hark (Black Mask 2 : City of Masks), Peter Pau (le Talisman), Kit Wong (The Black Door) ou Johnnie To (Running out of Time). Après un court métrage, Betrayal, ils signent leur premier long qui en laisse augurer d’autres.

Comment vous êtes-vous retrouvés à Hongkong ?

Vers le milieu des années 80, la nouvelle vague hongkongaise disait que tout se passait là-bas. Il fallait que nous y soyons, et nous avons débarqué en 1996. Avec notre cinéphilie extrêmement éclectique, nous avons perçu une industrie du cinéma très énergique, dépassant toutes les chapelles qui, en Europe, nous semblent de plus en plus imperméables les unes aux autres. Ensuite, nous nous sommes accrochés.

Dans le film, vous rendez hommage à des cinémas très différents. Le torture porn, Bava, Melville ou le Chu Yuan de Confessions intimes d’une courtisane chinoise…

C’est ce que nous sommes. A la fois un cinéma fait de références à ce que nous aimons mais en faisant toujours en sorte de ne pas être dans le pastiche. Pour le personnage incarné par Frédérique Bel, par exemple, nous lui avons mis le chignon de Vertigo et l’imper du Samouraï de Melville. Même son arme, un Mauser, colle bien à son look un peu désuet. Cela correspondait au fantasme asiatique des femmes occidentales.

Julien Carbon et Laurent Courtiaud - Photo La Fabrique 2

D’où sort cette machine épouvantable de la première scène ?

Ça existe. C’est un lit d’étouffement, une pratique SM relativement courante mais pas très cinématographique. Il s’agit d’une enveloppe de latex dont on vide l’air qui y est contenu, immobilisant la personne à l’intérieur. Pour rendre la scène plus spectaculaire, nous avons fait construire une machine qui fonctionne parfaitement. Nous l’avons essayée et, franchement, ce n’est pas très agréable. Ce qui nous a séduits, c’est qu’elle met, littéralement, sa proie sous un blister. Comme ces collectionneurs qui possèdent des figurines sans les enlever de leur emballage.

L’opéra qui constitue la mythologie de l’histoire existe-t-il vraiment ?

Nous avons écrit le livret et nous devons être les seuls Occidentaux dans ce cas. Nous avons tourné dans la dernière salle de Hongkong qui donne ce genre de pièces, le Sun Beam. Cela réunissait de nombreux éléments définissant le caractère de Carrie. Elle est cultivée, jouisseuse, raffinée, et sa vie est un enchaînement de «performances». En faisant coïncider son existence avec l’opéra, cela lui donnait une origine et un but. Enfin, les répétitions auxquelles elle assiste agissent comme un chœur antique qui nous raconte les sources de sa folie.

D’où vient l’idée de montrer Hongkong désert ?

Les lieux où nous voulions tourner au départ ont déjà été utilisés et nous ne voulions pas un regard occidental de touriste. Or, la ville peut être d’une densité énorme, mais il suffit parfois de faire quelques dizaines de mètres pour atterrir dans un coin dépeuplé. Cela accentue le fait que nos personnages sont à moitié dans la ville et un peu en dehors. Comme la maison abandonnée de la fin, avec ses escaliers ombragés pour y accéder et sa végétation dense. Cela rendait palpable la solitude de notre personnage et le fait que personne ne comprenne rien au monde qu’elle a voulu créer toute sa vie.

Dans une scène de torture, Carrie Ng se fait un dry martini raffiné… C’est une autre de vos fantaisies ?

On ne va pas dissimuler notre fétichisme pour les femmes, ce cinéma ou les cocktails. C’est un art très délicat. A Hongkong, vous trouvez des bars où ils sont faits sublimement.

Le dry martini parfait ?

La glace dans un shaker, le vermouth, du Dolin de Chambéry, puis cinq fois le volume de gin, du Martin Miller ou du Beefeater. Enfin, une goutte d’orange bitter. On secoue et on verse avec un zeste de citron, une olive ou un oignon.

Paru dans Libération du 27/04/2011


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