Fatal Mann
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , le coin du cinéphile
John Ireland dans « L’engrenage fatal ». DR
L’engrenage fatal d’Anthony Mann (Railroaded ! 1947) avec John Ireland, Sheila Ryan, Jane Randolph, Hugh Beaumont, Serial polar, Bach films, 7 euros.
Serial Polar est une collection bon marché, techniquement pas toujours absolument fiable, mais qui permet de voir des films largement invisibles. Prenez cet Engrenage fatal, c’est un film d’Anthony Mann très peu vu en Europe et, semble-t-il, inédit en France. Il a été réalisé au début de la période « noir » du futur réalisateur de Je suis un aventurier et de Winchester 73. Une époque de sa filmographie qui mérite d’être mieux connue et comprend au moins deux chefs d’œuvre, T Men (La brigade suicide) et Raw Deal (Marché de brutes). Engrenage fatal ne vaut peut-être pas Marché de brutes mais c’est un très bon polar, avec des bizarreries passionnantes. Par exemple, s’il y a des bons et des méchants, et si les bons sont évidemment du côté des flics comme il se doit aux Etats-Unis, ce n’est pas à eux que Mann s’intéresse. Pas même au pauvre type qui est victime d’une erreur policière. Non le personnage qui mobilise les capacités énormes du metteur en scène, c’est le méchant, le tueur psychopathe, ici joué par John Ireland. Quand il vient jouer sous la direction de Mann, Ireland et son visage inquiétant ont sept films derrière eux : un Mankiewicz, où ils n’ont tenu qu’un tout petit rôle (Somewhere in the night), un grand Ford, La poursuite infernale (My Darling Clementine), où le personnage qu’incarne Ireland est très secondaire (un des fils Clanton). Ici, c’est autour de lui que tourne le film. De son aura, de sa mine taciturne, de sa silhouette efflanquée et de ce regard de brute sadique qu’il promène dans la nuit. Il est absolument crédible quand il parfume ses balles de revolver ou quand il caresse la crosse de son révolver. Il fait un salaud menaçant, que sa paranoïa finit par pousser hors-jeu. L’histoire est tirée d’un fait-divers réel, nous rappelle, dans le bonus, le promoteur de cette collection, Stéphane Bourgoin avant de nous livrer quelques informations très personnelles sur Ireland. L’éditeur et cinéphile François Guérif nous rappelle de son côté, l’importance de l’épisode film policier dans l’œuvre de Mann. Et l’encyclopédiste du roman Noir, Claude Mesplède, parle de Gertrude Walker, la romancière dont le livre a servi de base au film, la première femme à avoir été publiée en série noire. Quant à la copie, elle est très acceptable.
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