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mercredi 24 septembre 2008 08:16

  • cinéma

« Faubourg 36 », l’affront populaire

Le réalisateur des « Choristes » tire les grosses ficelles de la nostalgie franchouillarde.

par Gilles Renault

tag : histoire

DR

Faubourg 36 de Christophe Barratier avec Gérard Jugnot, Clovis Cornillac, Kad Merad, 2 heures.

Christophe Barratier est un homme de 45 ans qui, lorsqu’on lui confie une caméra, en paraît le triple. Perclus de rhumatisme, il filme la France d’hier et cela rapporte gros  : en 2004, les Choristes a raflé la mise avec sa ribambelle de galapiats à l’œcuménisme frelaté. Ce qu’on nomme un film – très – populaire, annonciateur des Ch’tis. Garanti sans OGM. Ni Noirs, ni Arabes...

Quatre ans plus tard, Barratier récidive, l’œil plus que jamais rivé sur le rétroviseur  : quitte à barboter dans le populaire, autant viser juste, introducing Faubourg 36 et son Front du même nom. Quand on demande au réalisateur et scénariste ses références, il cite Prévert, Clouzot, Duvivier, Doisneau, Brassaï. Spontanément, on pense plutôt à Jean Boyer ou Gilles Grangier qui, un demi-siècle plus tôt, souquaient dans les mêmes eaux.

Couvert par le score des Choristes, le cinéaste est parti reconstituer le Paname d’antan en République tchèque, où il a passé six mois avec un otage américain, Tom Stern, le chef op de Clint Eastwood (« On a mangé du foie gras, bu de l’armagnac et joué à la balle avec le chien. On a vu qu’on se plaisait bien »). Mais le gros des troupes était bien français, et économiquement viable, autour d’une distribution dominée par la triplette Gérard Jugnot/Kad Merad/Clovis Cornillac, pour un pitch si punk qu’on en sort estourbi.

Des prolos brimés, mais le cœur sur la main, reprennent une salle de spectacle dont ils font un lieu à la mode qui défie le contexte tourmenté, comme le clame, vibrante, la voix off  : « De tout Paris, on courait applaudir ces chômeurs qui faisaient un spectacle avec leur vie. » Dans cette soupe aux choux mixant The Full Monty (Peter Cattaneo) et Mrs Henderson Présents (Stephen Frears),on doit toujours compter au moins une ou deux secondes pour différencier les méchants (fourbes, racistes, vénaux, corrompus, antisémites – Bernard-Pierre Donnadieu, monolithique) des gentils. Ceux-ci, heureusement majoritaires, saturent cette fable grotesque fondée sur quelques valeurs qu’on aurait cependant tort de mépriser, telles l’entraide, le courage et la débrouillardise. Effarant de mièvrerie, Faubourg 36 soigne le lexique (« turbin », « baloche », « rupins », « boutanche »…) et envoie tout le monde valser dans le décor (ruelles pavées, blanchisserie…), en déclinant la comédie sur tous les airs (dramatique, musicale, sentimentale…).

Dans le dossier de presse, Barratier plaide coupable – bien qu’on en soit encore à chercher les circonstances atténuantes  : « Je voulais réaliser une histoire universelle dans laquelle chacun pourrait se reconnaître… Je suis irrésistiblement attiré par les grandes et belles histoires… Je pense avoir une partie irréductible d’angélisme… Je n’arrive pas à soupçonner chez les gens de mauvaises intentions… » Ad libitum. Ad nauseam.

Paru dans Libération du 24 septembre 2008


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