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mardi 21 avril 2009 16:10

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Faux procès : Les pirates paient

Une étude norvégienne avance que les plus grands téléchargeurs de musique via peer-to-peer sont aussi les plus grands acheteurs.

par Alexandre Hervaud

tags : musique , téléchargement , piratage , étude

CC kamshots

La rengaine commence à être connue. N’en déplaise aux partisans d’Hadopi ou aux parties plaignantes du procès Pirate Bay, les plus grands consommateurs de morceaux illégalement téléchargés seraient également les plus grands acheteurs de musique légale. Une étude canadienne l’avait déjà suggéré en 2006, et une autre étude norvégienne vient d’aboutir à une conclusion similaire.

Effectuée par les chercheurs de la BI Norwegian School of Management, l’étude a été conduite en novembre 2008 sur 1901 individus âgés de plus de 15 ans originaires de pays différents. Parmi les limites de l’étude, on peut noter l’absence de prise en compte de services d’écoute légale en ligne comme Spotify (qui sera inclus dans la prochaine étude de l’Ecole, prévue pour le mois de mai). Bonne nouvelle par contre pour la crédibilité de l’étude : d’après The Guardian, les chercheurs ont exigé des justificatifs d’achats aux sondés se déclarant acheteurs de musique. On apprend ainsi que les amateurs de téléchargement illégal (notez que les questions de l’étude optaient pour le terme « gratuit » à la place de « illégal ») ont dix fois plus de probabilité d’acheter de la musique que les novices du peer-to-peer.

Un discours qui passe mal auprès des majors. Interrogé par le quotidien norvégien Aftenposten (traduction Google disponible ici), Bjørn Rogstad, de EMI, déclare : « ce qui est vraiment sûr, c’est que la consommation de musique augmente, mais les revenus de l’industrie diminuent, et ça ne peut s’expliquer que par l’importance du piratage face aux ventes légales ».

Paradoxalement, cette mise en doute du lien de cause à effet entre téléchargement massif et achats de musique est partagée par Cory Doctorow, romancier, blogueur et spécialiste des questions de copyright. Pour lui, il convient de ne pas faire d’amalgame. Sur le site BoingBoing, il explique qu’il a effectivement constaté que les gros téléchargeurs sont généralement les premiers à assister aux concerts, jouer de la musique, faire des playlists à leurs contacts... D’après Doctorow, l’effet incitatif du P2P est tout relatif, et le lien entre téléchargement illégal et achats légaux est avant tout révélateur des spécificités du comportement des mélomanes.

« Si vous faîtes partie des 20% de fans qui achètent 80% des disques, vous êtes probablement dans les 20% de téléchargeurs qui téléchargent 80% de la musique, les 20% de spectateurs qui achètent 80% des places de concerts, etc. », explique Doctorow. Conséquence implacable : « Cela veut dire que lorsque l’industrie du disque cible les “pires délinquants” dans ses campagnes contre le téléchargement, les gens qu’elle attaque sont ceux qui dépensent le plus pour la musique ». Et par la même occasion, souvent ceux qui la feront demain, comme notre cher André Manoukian l’avait avancé en déclarant : « si le Net a bouffé l’industrie du disque, il a rendu la créativité aux mômes. (...). Les jeunes Français qui font de la musique se sont emparés de tout l’héritage musical grâce au Net... Et ça donne des choses qu’on n’aurait pas entendues il y a sept ans. » Gare à l’Erreur Terrible de Casting pour les pirates, donc.


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