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vendredi 21 décembre 2007 11:30

  • télévision

Christine Albanel : « Favoriser TF1 ? Un fantasme complet »

La ministre de la Culture dévoile sa réforme de la production audiovisuelle.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : documentaire , politique , interview

Le ministère de la Culture pète les plombs. Pas à cause des frictions avec France Télévisions, ni de l’épineux problème de la production audiovisuelle. Au ministère, les plombs sautent à cause des chauffages d’appoint branchés pour réchauffer les bureaux glaciaux. Pourtant, Christine Albanel a des raisons d’être sous tension. Cette semaine, les représentants de l’Etat se sont abstenus lors du vote sur la nomination du nouveau directeur général de France 2, François Guilbeau. Un camouflet pour le président de France Télévisions, Patrick de Carolis, qui intervient juste après le refus de l’Etat de voter le budget de France 3 et le niet à une rallonge via une coupure pub supplémentaire. Ça chauffe aussi du côté de la production audiovisuelle, que la ministre a décidé de remettre à plat. Les producteurs et les auteurs l’accusent de vouloir affaiblir le secteur en misant sur une vaste dérégulation des obligations des chaînes pour complaire à la chaîne de l’ami de Nicolas Sarkozy, TF1…

Vous êtes intervenue auprès de Patrick de Carolis pour repousser la nomination de François Guilbeau à la tête de France 2. Vous sentez-vous l’âme d’un Peyrefitte ?
Une question douce et nuancée… La réponse est absolument non. Patrick de Carolis m’a appelée pour m’indiquer qu’il avait l’intention de nommer François Guilbeau, et je lui ai dit que j’aurais bien aimé qu’on en parle avant. Pas du tout dans un souci de mainmise, mais d’information. Il n’y a aucune espèce de désaveu de Patrick de Carolis de notre part. Je trouve que France Télévisions a engagé de bonnes réformes, conformément à ce que nous lui avons demandé. Ce n’est pas une partie facile, mais Patrick de Carolis a tout mon appui, je tiens à le dire.

Peut-être, mais à chaque fois que Carolis vous demande une rallonge, comme la coupure de pub supplémentaire, c’est non…
Avant l’été, j’avais été plutôt favorable à l’ajustement de la redevance. Parce que toucher à la pub, c’est très compliqué, vous bouleversez l’ensemble du système, notamment pour la presse écrite, qui traverse une situation pas facile. J’ai préféré ouvrir la question de manière plus globale en lançant un chantier. On est en train de faire un audit pour savoir quelle est réellement la situation du marché publicitaire ; après on verra s’il y a des décisions à prendre.

Il y a aussi le budget de France 3 que l’Etat n’a pas voté. C’est de l’acharnement ?
Ce n’est pas contre Patrick de Carolis. Nous avons considéré que les 5,7 millions d’euros étaient compris dans l’augmentation de 3,5 % qu’on a obtenue pour France Télévisions en 2008, et d’ailleurs, on s’est battu pour maintenir cette promesse, beaucoup de ministères aimeraient avoir une telle augmentation de leur budget !

En octobre, vous avez lancé quatre chantiers, dont celui du financement de la production audiovisuelle. Où en êtes-vous ?
C’est le chantier sur lequel nous avons le plus avancé. David Kessler [directeur de France Culture, ndlr] et Dominique Richard [député UMP] viennent de me remettre un rapport d’étape. Le premier constat, c’est que les financements ont tendance à stagner.

Pourquoi ?
Parce que les obligations de production sont liées aux chiffres d’affaires des chaînes, et qu’ils n’augmentent pas vraiment. Maintenant, nous allons entrer dans une deuxième phase de discussion, avec trois pistes de réflexion. La première, c’est recentrer les obligations de production sur tout ce qui est patrimonial. C’est au cœur des demandes des auteurs et des producteurs. On a pu retrouver dans les quotas de production des choses qui ne sont pas du patrimonial, Popstars par exemple. Ça n’y a pas sa place. La deuxième piste, c’est inciter les chaînes à ce que les œuvres circulent, qu’elles passent d’une chaîne à l’autre. Aujourd’hui, le deuxième marché n’existe pas, parce que les chaînes achètent des droits mais ne sont pas propriétaires des œuvres, donc elles n’ont aucun intérêt à ce que ces œuvres circulent. Si elles pouvaient toucher des droits à recettes, sur les DVD, sur la VoD, elles y auraient davantage intérêt. Il faut aussi réfléchir à la nature des œuvres. Actuellement, il y a peu de productions intéressantes pour l’étranger. On a un secteur du documentaire qui est très fort, mais il y a peu de documentaires animaliers, alors que c’est un gros marché à l’international.

Et la troisième piste ?
Il faut avoir une approche des obligations différenciée suivant les chaînes. Un système à options. Ceci s’inscrirait dans une logique qui existe déjà dans le cinéma, mais pas dans l’audiovisuel ; j’aimerais qu’on aille vers des accords interprofessionnels. Aujourd’hui, on a les diffuseurs, les producteurs, les auteurs, chacun se voit comme l’ennemi de l’autre, avec l’Etat chargé d’être l’arbitre tout le temps critiqué.

Comment ces discussions vont-elles se dérouler ?
Je souhaite que début janvier, la mission de David Kessler et Dominique Richard organise des tables rondes, chaque chaîne discutant avec les producteurs et les auteurs. Après, les accords interprofessionnels donneront lieu à des décrets.

Ne craignez-vous pas des disparités entre chaînes ? TF1 a des arguments, elle finance 40 % de la production audiovisuelle, tandis que M6, moins puissante, est tenue pour quantité négligeable par les producteurs…
Ils discuteront. On réfléchit aussi à aider les auteurs. On parle souvent d’une crise ou pseudo-crise de la fiction : les dépenses en amont de la production d’une série pourraient entrer dans les obligations, ça permet d’avoir de l’argent pour faire un bon pilote, de l’écriture, du développement, de la formation des auteurs et de ne pas partir bille en tête vers un échec.

Allez-vous toucher à la fameuse obligation des chaînes d’investir 16 % de leur chiffre d’affaires dans la production ?
Si on reste centré sur le patrimonial, ça peut être un élément de réflexion. Chacun peut y trouver son intérêt. Si lors des discussions de janvier la question se pose, pourquoi pas ?

M6 considère que l’instauration d’un quota de production patrimoniale l’obligerait à ne plus investir dans les magazines qui ont fait sa marque de fabrique…
Il faut voir quelle sera la définition de l’œuvre patrimoniale, ce sera un des sujets de discussion. Certains reportages de M6, comme ceux de Zone interdite, pourraient entrer dans la définition, il y a une sorte de French touch. On sait plus facilement ce qui a vocation à ne pas entrer dans la définition, comme Super Nanny.

Où en êtes-vous de votre réflexion sur la publicité ?
On est au tout début du chantier, il y aura des mesures ponctuelles. On calcule l’impact de la transposition de la directive européenne.

Envisagez-vous d’autoriser, ainsi que la directive européenne vous en donne le droit, le placement de produits dans les fictions ?
C’est une piste. Pourquoi ne pas le légaliser et le moraliser ? On a bien autorisé des publicités sur les échafaudages des chantiers des monuments historiques…

L’ouverture de Radio France à la pub commerciale crée des remous. Que répondez-vous ?
La réflexion c’est d’ouvrir la publicité à d’autres marques qu’institutionnelles, style mutuelles, et parallèlement d’en baisser le volume pour préserver les tranches très emblématiques, le matin notamment. Evidemment, on écarte la grande distribution et la publicité locale, toujours dans le souci de préserver la presse écrite.

Une des craintes des auteurs et des producteurs est que vous favorisiez TF1, dirigée par un ami cher au président de la République...
C’est le fantasme complet. Ce n’est pas vrai, je suis attentive aux uns et aux autres. Je suis amie avec des producteurs, avec des auteurs. Je suis indépendante et libre.


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