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lundi 2 juin 2008 10:26

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Fécales attractions

par Anne-Sophie Flavigny

tag : documentaire

CC Joysaphine

La Fabuleuse Histoire des excréments de Thierry Berrod. Arte, ce soir, 19 h (1/3). Suite mardi et mercredi.

Thierry Berrod est un de ces documentaristes engagés, le genre de type qui prend des risques et les assume. C’est donc avec force, conviction et courage qu’il s’est lancé dans la Fabuleuse Histoire des excréments. Pour vous mettre au parfum, il est important de savoir qu’en une vie, un homme en produit environ 6 tonnes, qu’une personne de 70 ans a passé en moyenne six mois de son existence aux toilettes et un individu constipé, plus du double. Pourtant, malgré les faits, le sujet reste tabou. Fèces, étrons, selles, commissions, crottes, déjections, bronzes, colombins, cacas, merdes… sont autant de qualificatifs pour désigner nos productions gastriques. Toutefois, afin de ne pas offenser le spectateur, le réalisateur a pris soin d’utiliser un nom de code parfumé : la rose.

Dès le départ, les commentaires séduisent par leur bonne dose d’humour. En effet, en dépassant les interdits et en les observant de près, on note que nos excréments offrent une multitude d’informations : médicales avec notre équilibre physiologique, historiques en nous renseignant sur nos origines, technologiques en les utilisant comme énergie, matière première et même nourriture.En guise de préface, le premier épisode présente un florilège d’anecdotes. Le docteur Thierry Puy-Montbrun, proctologue de son métier, nous révèle un proverbe de sa composition : « Pétons joyeux, on vivra mieux. » Bah voyons. Joseph Pujol, le pétomane du Moulin Rouge des années 1940, prouve que l’on peut en faire un gagne-pain. On en apprend aussi de belles sur l’académie soviétique de médecine qui développa, sous Brejnev, la pilule du Kremlin, censée normaliser le transit des selles et purger les intestins.« Un vieux fantasme », explique le proctologue. S’ensuit la présentation du dieu japonais de la défécation. « Bien manger et bien déféquer est signe de bonne santé », explique une dévote. Inutile de tourner autour du pot.

Parmi ces morceaux choisis, farandole branquignolesque et fantasmatique, s’introduit le sérieux scientifique. A l’heure de l’explosion démographique et du Grenelle de l’environnement, le problème de la gestion des excréments se pose. Grosso modo, les grandes villes européennes souffrent d’un problème majeur, le traitement des eaux usées. Le coût est faramineux et l’impact environnemental énorme. Le gaspillage de l’eau potable devient problématique face au déclin des ressources naturelles. La chasse d’eau symbole de notre civilisation coprophobe est remise en cause par les écologistes.

Mais pas de bile à se faire, le documentaire n’est pas un pousse-au-suicide pour écolos convaincus. Les Japonais, toujours novateurs, nous prouvent l’impossible : le caca peut se révéler être une source considérable d’énergie. La société Biogaz propose ainsi de s’éclairer et de se chauffer grâce à la fermentation. A terme, l’entreprise promet de remplacer le pétrole de nos voitures. Comme le prônait la devise de Lavoisier : « Rien ne se perd, tout se transforme. »

Edit : Ce ne sont pas 6 millions de tonnes qui sont produites en une vie, mais « seulement » 6 tonnes.



Bande-annonce de La Fabuleuse Histoire des excréments - DR


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