Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Le piratage est un danger pour l’avenir de notre civilisation.

Muriel Marland-Militello, députée UMP

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss



Où va se nicher le porno

samedi 8 juillet 2006

  • internet

« Femmes et hommes, hétéros et gays, artistes et activistes, le public se rassemble aujourd’hui autour du porno »

Katrien Jacobs Chercheure en médias numériques et sexualité

par Marie Lechner

tags : sexe , gays&lesbiennes

Elle parcourt le monde et le Web pour rendre compte de la culture porno, notamment sur son site www.libidoc.org-. Katrien Jacobs, chercheure, activiste et commissaire en médias numériques et sexualité a coorganisé à l’automne dernier une conférence interdisciplinaire intitulée « The Art and Politics of Netporn » à Amsterdam www.networkcultures.org.

Pourquoi avoir organisé une conférence sur l’art et la politique du porno sur l’Internet ?
La pornographie sur le Net est largement relayée par les médias de masse, mais ne fait pas souvent l’objet de conférences académiques. Ça reste un sujet très controversé qui provoque la culpabilité et la honte. Mais c’est en train de changer, Berlin accueille le festival du film porno en octobre et nous préparons une seconde édition de la conférence pour le printemps 2007, à Utrecht, aux Pays-Bas. Le public se rassemble aujourd’hui autour du porno mais, à la différence du public des vieux cinés porno d’autrefois, il est maintenant mixte, avec des hétéros et des gays, des hommes et des femmes, des artistes et des activistes ou simplement des curieux du sexe. La politique du netporn est un sujet brûlant, parce qu’elle focalise les batailles entre les radicaux et les conservateurs, les industries et les pirates du Net ou les communautés peer-to-peer.

Etes-vous d’accord avec les analystes Florian Cramer et Stewart Home qui estiment que « le porno indé est la pornographie de notre époque. Il prétend être différent de l’industrie mais applique le même business model. C’est le bras de recherche et développement de l’industrie du porno (...), qui sinon disparaîtrait parce que chacun partage gratuitement ses produits sur le Net » (www.netzliteratur.net) ?
Le porno indé, qui fait la promotion de corps alternatifs (tatouages, coupes punk-rock), est très à la mode et se fait de plus en plus coopter par l’industrie. A titre d’exemple, Johanna Angel, à l’origine du porno punk-rock, avait d’abord son site de musique et porno indé (www.burningangle.com). Maintenant, elle fait ses premiers films pour VCA/Hustler, l’un des grands producteurs de porno américain mainstream. Les producteurs indé tentent de profiter de ce boom, en faisant du e-commerce ou des films. Le porno indé n’est pas tellement différent du porno commercial, mais il est plus ouvert aux femmes et souvent dirigé par des jeunes entrepreneuses féministes. Le site www.suicidegirls.com (Il s’agit d’un site de filles rock et rebelles qui se montrent et se racontent dans une ambiance fétichiste, culture metal, avec guitares et tatouages) est très populaire parce que c’est un compromis entre une approche commerciale de corps alternatifs et ça attire des gens créatifs. Le vrai porno indé, lui, est lié à l’histoire de la culture porno peer-to-peer, le fait que les gens aiment s’échanger des images et s’engager dans des tchats et des journaux intimes. On peut voir ça sur www.exgirlfriends.com, qui invite des gens ordinaires à soumettre des photos de leurs ex-copines nues assorties d’une histoire les concernant (Ecrans du 10 juin). Des images qui sont significatives au sein d’une relation de couple, mais que les internautes sont invités à mater et à commenter.

L’industrie du porno est-elle menacée ?
Je pense que c’est le début d’une nouvelle définition et expansion du porno. Les images sont désormais produites et disponibles pour des sections plus large de la société et impliquent des cultures amatrices et minoritaires. Il y a par exemple une explosion de sites porno sur les bears (les gros gays), et les morphing bulls (des gays musculeux qui ajoutent des fausses érections à leur image) ou les beurs français. Ces sites sont faits pour des cultures gays spécifiques qui soumettent leur propre profil pornographique et essayent de se séduire.

L’Internet a-t-il favorisé l’éclatement de la culture porno ?
Il y a des milliers de sous-groupes étranges qui vivent sur le Net depuis des décennies. Les dickgirls sont des filles avec d’énormes pénis, elles appartiennent à la catégorie des hentaï, cartoons japonais porno. J’aime les hentaï parce qu’ils montrent des corps fantaisistes irréels et qui parlent à notre imagination. Le réseau Cyberdykes est un noyau de groupes lesbiens américains, mon préféré est Serafinasox, qui montre des femmes lesbiennes qui se montrent leurs genoux et leurs chaussettes. Ces photos sont douces et féminines. Alors que Bukkake, c’est tellement hardcore que ça me fait frissonner, des jeunes femmes qui doivent avaler des litres de sperme. Ball Busting montre une dynamique de pouvoir inversé, ce sont les femmes qui sont invitées à donner des coups dans les couilles de mecs hurlants. Pour les utilisateurs qui parcourent ces sites, c’est une sorte d’éducation sexuelle inoffensive, à moins de rester scotché.
Chez les jeunes générations, se développe aussi une forme d’amour courtois, des rencontres par tchat interposé, sans rapport physique...
Oui, c’est un changement considérable. Mais on peut néanmoins développer une relation profonde et imaginative à travers le tchat. Les gens peuvent être ludiques, imaginatifs dans la vie sociale, mais pour beaucoup, c’est maintenant plus facile de faire ça avec une distance de sécurité. Je pense que c’est transitoire. Les jeunes gens vont à nouveau se rencontrer et amener avec eux leurs expériences cybersexuelles et leurs alter ego.

Le comportement sexuel est-il en train de changer ?
Le porno et les images sexuelles font partie désormais des relations sexuelles et vice-versa. C’est pour cette raison que je pense que nous devons permettre aux gens de s’ouvrir à la pornographie, de l’étendre, de l’embrasser, de la déconstruire, de jouer avec.



Retrouvez tous les articles du dossier Où va se nicher le porno.


Partager cet article

[Facebook] [scoopeo] [Google] [del.icio.us] [StumbleUpon]

Sur les mêmes thèmes:

sexe - Mais toujours le Point G levé

gays&lesbiennes - Apple valide l’homophobie

article précédent
« Dans les mondes virtuels, l’épanouissement des résidents passe par la rencontre de l’autre »
article suivant
Air caviardage.

  • le porno, c’est la liberté ?

    16 juin 2007 22:11, par bill
    en réponse à viking : Il ne s’agit pas ici de dire que le porno c’est super, c’est l’émancipation, c’est génial. La prostitution, y compris dans le porno, est encore trop souvent une forme d’esclavage moderne. Souvent la vision de la sexualité, des genres, des rapports sociaux ou ethniques, est caricaturale et naïve. Mais c’est un fait que le porno, et notamment le porno sur internet, est une forme très importante d’éducation. S’il l’on admet que l’intérêt pour la sexualité est une chose contre laquelle il est inutile de lutter, alors il faut en penser les formes. Les médias (vidéo, internet) diffusent de la sexualité de telle façon que les utilisateurs ne sont plus actifs, sauf à sélectionner ce qu’ils regardent. Il y a là il me semble une forme d’aliénation, qui réside dans le fait qu’on reçoit du fantasme au lieu d’en créer. Mais l’accès facilité au porno est également un moyen d’enrichir sa culture, précisément pour pouvoir raffiner ses propres fantasmes. Pour résumer, je dirais que le prono n’est un vecteur d’émancipation que dans la mesure où il débouche sur une recréation, par le public, de ses codes fantasmaux. Cela fonctionne plus ou moins, mais je pense que cela fonctionne globalement assez souvent... Il me semble normal qu’on s’achemine vers du peer-to-peer pornographique, dans la lignée des youtube. La gratuité de l’échange me semble le seul moyen de renverser la mainmise des systèmes de production industrielle du porno. Le porno associatif et gratuit devrait permettre la variété de l’offre, donc la place pour un rapport non plus de consommation du porno, mais de recomposition.
  • le "public" qui se rassemble aujourd’hui autour du porno...

    15 janvier 2007 23:32
    Réaction très simple au sujet de la porno (graphie). Il y a un vide, un gouffre, que dis-je un abysse, entre ceux qui la pratiquent, et ceux qui la regardent.
  • « Femmes et hommes, hétéros et gays, artistes et activistes, le public se rassemble aujourd’hui autour du porno »

    29 novembre 2006 01:25, par pearl
    génial je ne savais pas que ça éxistait les conférences sur la culture porno, je fais parti de cette génération qui à grandi avec le porno et je trouve tout à fait normal que les gens accèdent aux médias pornographique sans honte, c’est pas encore rentré tout à fait dans les moeurs mais vu comme on sacralise les stars du porno je pense que c’est en train de changer à grande vitesse et tant mieux. D’ailleurs je pense que ça change aussi à l’interieur du système les actrices vivent mieux le faite d’être actice porno, les champions toute catégorie sont les pays de l’est, ils sont plus libres et pourtant sont plus dans la religion que nous la différence je pense c’est qu’ils ne se servent pas de la religion pour se culpabiliser comme en occident. God bless porn & katrien Jacobs.
    • « Femmes et hommes, hétéros et gays, artistes et activistes, le public se rassemble aujourd’hui autour du porno » 6 décembre 2006 12:41, par Viking
      C’est marrant, moi je pense que les pays de l’est sont plutôt en quête d’argent puisqu’on leur "offre" le "rêve capitaliste". Quand a parler de liberté pour un truc aussi asservissant et stéréotypé que le porno, faut vraiment avoir une conception perturbée de la liberté. Moi, les fantasmes, j’ai pas envie qu’on me les serve au travers d’un filtre-broyeur pornographique et capitaliste qui laisse peu de places aux sentiments et actionne nos mécanismes les plus enfouis pour nous faire consommer. La liberté, le porno ? Tu parles...
  • « Femmes et hommes, hétéros et gays, artistes et activistes, le public se rassemble aujourd’hui autour du porno »

    24 septembre 2006 16:52, par john warsen
    "La politique du netporn est un sujet brûlant, parce qu’elle focalise les batailles entre les radicaux et les conservateurs, les industries et les pirates du Net ou les communautés peer-to-peer." Il me semble que vous oubliez la communauté des ex-addicts, tous les gens qui se sont cartonnés la tronche au porno et qui ont laissé tomber quand ils se sont rendus compte de la toxicité du produit ! on peut évoquer aussi les ravages potentiels sur les adolescent(e)s maintenant que le porno s’est "démocratisé", qu’il a trouvé une légitimation simplement du fait de sa diffusion et consommation de masse. cf http://www.orroz.net/ Je trouve que l’article fait la part un peu belle aux "lobbites" de tous poils en suggérant que le porno est consensuel, porteur de valeurs nouvelles d’échange et de partage - j’exagère un peu, mais c’est mon opinion et je la partage ;-)

 

Outils

  • imprimer
  • écrire à Marie Lechner
  • [Facebook] [scoopeo] [Google] [del.icio.us] [StumbleUpon]

Actualit

  • Chez Google, la vie privée tombe dans le panel
  • « Borgen », la petite série reine
  • Les experts Copenhague
  • [Vidéo] Ecrans.fr : le podcast anonyme
  • Wikileaks : Bradley Manning sera mis en accusation le 23 février

Lib.fr

  • Cravate, corbillard, camembert, ces noms propres qui deviennent communs
  • La Cité de radieuse de Marseille meurtrie par l'incendie
  • Total a enregistré un bénéfice record de 12,3 milliards en 2011
  • «Le référendum est un outil très risqué»
  • Ouganda: abandon de la peine de mort dans la proposition de loi anti-homosexualité
publicité
Le site du jour
Chronophages
Silence on joue

CARTE BLANCHE

Playlist vidéo #13 par le collectif Dardex-Mort2Faim

OPINIONS

Daniel Schneidermann

Free mobile, la poésie d’une grille tarifaire

Tribune Transmettre de l’émotion en énonçant des tarifs de SMS est un de ces moments de confusion qui resteront un marqueur du siècle commençant.

DOSSIERS

De l’encre à l’écran

Et couic !

Le pari des jeux d’argent en ligne

Séries : Y’a plus d’saisons

Une info citoyenne ?

Halte aux spams

Rire en jaune avec les Simpson

Playstation 3 : la fin de la domination

Séries : un temps de mi-saison

Web 2.0 : gare à vos traces

Téléphones portables : la création se mobilise

Menez une double vie avec « Second Life »

Où va se nicher le porno

La musique hors limite

Le téléphone fait du cinéma

Vidéo à la demande : faites votre programme télé

fiction télé : la révolution française



accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008