Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mercredi 4 juillet 2007 12:03

  • cinéma

Festival de Marseille : le choix du large

par Didier Péron

tags : documentaire , festival

« Fenming, chronique d’une femme chinoise », de jeune Wang Bing - DR

» sur le même sujet

«On le sait, le documentaire est autant fabriqué que la fiction»

Jean-Pierre Rehm, délégué général du festival, explique son pari de l’ouverture.

On se souvient qu’il y a quelques années, c’est le festival du documentaire de Marseille qui organisa une des premières rétrospective de l’oeuvre du cinéaste expérimental Stephen Dwoskin. Déjà à l’époque, la volonté des programmateurs était de ne pas envisager le documentaire sous le seul aspect d’un enregistrement objectif de la réalité. Qu’est-ce qui était documenté sinon parfois l’absence de document, la place vacante d’un réel toujours dérobé ?

Quand on entend « documentaire », on peut soit dégainer son fusil intégriste (les faits, la caméra-greffière, l’enquête) ou brandir son édition de Montaigne (les Essais comme matrice de toutes les explorations libres et le début du relativisme générique). C’est clairement cette seconde option qui a permis depuis six ans au délégué général, Jean-Pierre Rehm, de doter la manifestation marseillaise (présidée par Aurélie Filippetti) d’une ligne éditoriale particulièrement originale et aventureuse. Parce qu’il vient de l’art contemporain, Rehm a su très vite qu’il ne servait à rien d’organiser un festival qui ne soit pas aussi un laboratoire des formes multiples, ouvertes qui pouvaient d’autant mieux s’inventer que la technologie numérique mettait désormais à portée de tous un instrument créatif léger.

« The Halfmoon Files », de Philipp Scheffner - DR

Parmi la dizaine de films que nous avons visionnés, on en retiendra trois assez exemplaires de cette « radicalité » qui est l’apanage du FID. The Halfmoon Files de Philipp Scheffner qui remonte à travers des archives phonographiques la piste d’un soldat indien venu se battre au côté des Anglais contre les Allemands pendant la première guerre mondiale. Le jeune sikh Mall Singh fut fait prisonnier dans le camp de Halfmoon dans la ville de Wünsdorf et se retrouva avec d’autres soldats des colonies (Africains, maghrébins...) conviés à participer à une vaste entreprise d’enregistrement des langues menés par un certain Wihelm Doegen. Artiste vidéo, musicien expérimental, Philip Schefner croise l’enquête historique et la thaumaturgie sonore, l’analyse factuelle et la rêverie sur des sources lacunaires.

Tout aussi énigmatique, Haruki Yukimura et Nana-Chan de Xavier Brillat nous permet d’assister à une séance prolongée d’un « bondage master » japonais qui transforme sa proie, une jeune femme de plus en plus nue, en saucisson humain sophistiqué. Le cérémonial du ficelage de la femme conduit à une série de postures contraintes qui sont comme autant de climax sexuels intellectualisés.

Enfin, Fenming, chronique d’une femme chinoise, le nouveau film du jeune Wang Bing (découvert avec la fresque monumentale de neuf heures, A l’ouest des rails) est un quasi-plan fixe de trois heures sur une vieille dame dans le fauteuil de son appartement. Elle raconte avec une incroyable clarté narrative sa vie dévastée par le régime communiste, ainsi que celle de son mari, tous deux accusés d’opinion « droitistes ». L’internement en camps de travail, la famine, l’humiliation, la découverte de la mort de son époux et une nuit de premier deuil dans une fosse avec deux « camarades » d’infortunes, le retour à la liberté et un nouveau cycle de dressage par le travail sous Mao, le tragique de la condition chinoise, qui était déjà au coeur d’A l’ouest des rails, trouvent ici une expression qui ne doit rien aux situations montrées (on ne verra même pas une photo du mari mort) mais tout à la seule puissance de fascination d’un récit.

Les écrans parallèles sont eux aussi fort riches : une carte blanche à Pedro Costa, une sélection de films musicaux (avec notamment l’impressionnant Opera Jawa de l’indonésien Garin Nugroho), un coup de projecteur sur le cinéma au féminin ( « Filmer dit-elle ») et sur la revue de cinéma allemande Revolver autour de laquelle gravite le meilleur du jeune cinéma outre-Rhin.

FID Marseille
Du 4 au 9 juillet,
Théâtre de la Criée,
30, quai de Rive-Neuve,
www.fidmarseille.org


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

documentaire - Kadhafi, dernier Occident de parcours

festival - Vimeo célèbre la création vidéo

article précédent
Les 100 meilleurs jeux vidéo de tous les temps, selon Edge
article suivant
«On le sait, le documentaire est autant fabriqué que la fiction»


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Didier Péron
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • « Acte II de l’exception culturelle » : le décor est planté
  • Un clip dans ses petits papiers
  • Facebook, une entrée en bourse « préparée avec négligence » ?
  • Google-Motorola : les brevets qui valaient 12 milliards
  • Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Hollande est rentré de Bruxelles en voiture
  • L'UE dit oui à la Grèce dans la zone euro, mais demande plus d'efforts
  • Feuilletez le cahier Livres
  • Printemps arabe, la répression continue
  • Croissance et frictions franco-allemandes au sommet

Medias

test
publicité

Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Chronophage

Spewer

Attention, jeu dégueu.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »


No comment

img75
Tu sais, Brad...

« J’aime venir de temps en temps ici et regarder les avions passer. »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008