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jeudi 6 mai 2010 13:51

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Festival de cannes blanches

par Edouard Launet

tag : accessibilité

Au Racine Odéon, à Paris. Photo Wahou

Du 5 au 11 mai, la salle de l’Arlequin, à Paris, va projeter sept films — Adèle Blanc-Sec, Ensemble c’est trop, Arthur et les Minimoys 2, etc. — pour un public aveugle ou malvoyant (mais tous les autres sont les bienvenus) au cours du Premier festival de l’audiovision organisé par l’association Valentin Haüy, qui soutient les personnes souffrant de cécité dans leur accès à la culture et à la vie professionnelle. Clé de l’opération : à la bande-son des films a été ajoutée une « audiodescription », c’est-à-dire un résumé sommaire de ce qui se passe à l’image. Pour en bénéficier, les non-voyants doivent s’équiper d’un casque HF, tandis que les autres spectateurs peuvent voir le film normalement. La technique n’est pas neuve, mais elle a du mal à décoller.

Créée à l’université de San Francisco par un certain Gregory Frazier, développée avec l’aide d’August Coppola, frère de Francis Ford et père de Nicolas Cage, la technique d’audiodescription a été importée en France il y a vingt ans. La chose est plus complexe qu’il n’y paraît. « Il existe une charte qui énonce les règles majeures de l’audiodescription », explique Patrick Saonit, responsable du service Audiovision à Valentin Haüy. En bref : ne décrire que ce qui est essentiel à la compréhension, ne pas expliquer le film, ne jamais couvrir les dialogues ou les bruitages par les descriptions, énoncer celles-ci d’une voix neutre et monocorde. « Il faut surtout éviter d’être redondant, dit Saonit. Par exemple en indiquant “le personnage est en colère” quand la voix dudit personnage suffit à le faire comprendre. »

On sent d’emblée que les films contemplatifs et mutiques de Carlos Reygadas et Apichatpong Weerasethakul ne sont pas des candidats idéaux pour ce genre de traitement. Les films muets non plus. « On a essayé avec les courts métrages de Chaplin mais ça ne donne rien », note Patrick Saonit. Par contre, bizarrement, ça a bien fonctionné pour la Guerre du feu, alors que les dialogues du film de Jean-Jacques Annaud ne sont pas intelligibles. Enfin, il semble qu’il faille exclure le porno des bénéficiaires potentiels de l’audiodescription. Quoique.

Comment traduit-on les purs effets de cinématographie (fondu, zoom, montage-séquence, valeur de plan, etc.) ? « On ne le fait pas, car les aveugles ne sont pas trop demandeurs d’informations de ce type », indique Saonit. Il y a toutefois des exceptions. « Dans un film de Hitchcock par exemple, il faudra signaler tel mouvement de caméra qui n’est pas anodin. » Autre cas complexe : une succession rapide d’objets à l’écran, comme dans Amélie Poulain (premier DVD francophone disponible en audiodescription). Cela oblige à faire un tri drastique. « Sur ce sujet et d’autres, nous avons eu des échanges fructueux avec le réalisateur Jean-Pierre Jeunet. »

En France, une vingtaine de personnes sont « audiodescripteurs » pour le cinéma, le théâtre ou les expositions. Neuf travaillent pour l’association Valentin Haüy. Elles ont toutes un statut d’auteur. Un long métrage demande environ trois semaines pour l’écriture, la validation, l’enregistrement et le mixage. Coût : entre 5 000 et 6 000 euros. Le travail est fait la plupart du temps à la demande d’un producteur ou d’un réalisateur. Mais cette démarche est rare : seuls quatre films français sortis en 2009 ont bénéficié d’une audiodescription, alors qu’en Angleterre, par exemple, c’est plus d’une centaine de films chaque année.

Au total, près de 300 films ont été audiodécrits en français durant les vingt dernières années, mais seuls 44 sont disponibles en DVD. Pas plus d’une demi-douzaine de salles françaises proposent — de temps en temps — des films audiodécrits. Pour le festival qui commence aujourd’hui, l’association avait contacté les producteurs de 25 films récents. La plupart n’ont pas répondu, ou refusé. Seules sept réponses ont été positives. Il y a dans ce pays 65 000 aveugles et 1,2 million de personnes considérées comme très malvoyantes.

Paru dans Libération du 5 mai 2010

Premier Festival de l’audiovision Valentin Haüy.
Trois séances par jour (16 h 30, 19 heures et 21 h 30) au cinéma l’Arlequin, Paris VIe.


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