Filmer n’est pas jouer
Les adaptations de jeux vidéo, éternel filon d’Hollywood...parfois même avant leur sortie.
par Olivier Séguret
tags : blockbuster , Moi jeux
Jake Gyllenhaal dans Prince of Persia, le film - DR
Aperçue ici et là, une photo du tournage de Prince of Persia, adaptation ciné du fameux jeu Ubisoft actuellement en tournage, montre un Jake Gyllenhaal over bodybuildé pour les besoins du rôle-titre. Pas question, évidemment, de se construire à partir d’une simple photo une opinion sur le film de Mike Newell qui ne sortira qu’en 2010. Mais pourquoi ne pas analyser le sentiment qu’elle peut produire sur un joueur familier du titre et pour lequel, déjà, rien qu’à la vue de ce cliché, quelque chose cloche ? En fait, dès qu’il est question d’adapter un jeu vidéo sur grand écran (et non le processus inverse, qui pose des problèmes et ouvre des perspectives radicalement différentes), il se trouvera toujours une catégorie des joueurs du titre pour exprimer une forme plus ou moins véhémente de désapprobation. Il y a d’abord l’expérience, qui ne fait pas pencher le joueur-spectateur du côté favorable : à ce jour, l’écrasante majorité des films adaptés de jeux est constituée de navets, qu’ils soient de première (Tomb Raider, Resident Evil) ou de second catégorie (Mortal Kombat, Street Fighter). Sur le mode du paradoxe et du grand chef-d’œuvre malade, on peut extraire du lot le toujours défendable Final Fantasy The Spirits Within, qui du moins tentait une approche photoréaliste en 3D digitale, bel effort ruineux mais joli panache. Prince of Persia n’est pas le seul projet de cet acabit dans les tuyaux. L’annonce par le Hollywood Reporter que Uncharted, sans doute la meilleure exclu du catalogue PS3, allait aussi avoir les honneurs ambigus du grand écran est venu couronner une longue liste de chantiers : le Onimusha de Christophe Gans comme le Halo de Neill Blomkamp sont pratiquement aboutis [euh, pas si sûr pour le Halo de Blomkamp, occupé sur District 9, ndlr] mais la rumeur évoque aussi un Wolfenstein, un God of War et même un Dante’s Inferno (le jeu n’est pas encore sorti) ou un Metal Gear Solid. Imaginer Uncharted en film est une sorte de défi : c’est déjà le jeu vidéo qui donne la plus forte impression de piloter un blockbuster, d’être projeté dans le feu d’une action bigger than life et dans des environnements hyperréalistes. Que peut apporter la transaction nécessairement passive du film d’action après de tels exploits immersifs ? Aux gamers, sans doute pas grand-chose, à moins de prendre une tangente qui défie le jeu sur son propre terrain, à la manière de l’orgueilleux Speed Racer des frères Wachowski, qui pourrait bien être le meilleur film jamais adapté d’un jeu vidéo tellement secret qu’il n’existe pas. Publié dans Libération du 2 juillet 2009
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