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jeudi 25 septembre 2008 15:57

  • télévision

Florence Schaal : Epilogue d’une mort annoncée

Pour avoir rapporté en direct sur TF1 le décès de Louis, 2 ans, démenti dix minutes plus tard, la journaliste vient d’être licenciée. Sans que sa hiérarchie ne soit inquiétée.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : journalisme

DR

Elle croyait que l’enfant était mort ; en fait, il ne l’était pas. Bonne nouvelle. Mais voilà, elle est journaliste. Mais voilà, elle a annoncé la mort de l’enfant devant 6,3 millions de téléspectateurs. C’était le 8 août, en direct sur TF1, et hier, la sanction est tombée  : Florence Schaal est mise à la porte de la Une. Pour « faute grave ». Donc sans indemnités. « C’est une décision qui a valeur d’exemple », indique un journaliste de TF1. « Fini le temps des petits arrangements à la Poivre », ajoute un autre. Rappelons que, parmi les exploits de PPDA, la fausse interview de Fidel Castro, en 1991, n’avait donné lieu à aucune sanction. Et pour l’affaire Botton, où PPDA avait écopé de quinze mois de prison avec sursis pour recel d’abus de biens sociaux, la Une s’était dit que trois petits mois d’interdiction d’antenne pendant le procès étaient une punition suffisante. De mémoire de TF1, aucune faute commise par un salarié ne s’est jamais soldée de la sorte, par un licenciement sec. Et Florence Schaal est la seule à être sanctionnée, alors que le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) n’avait pas hésité, début septembre, à mouiller TF1 dans l’affaire.

Hier, la société des journalistes de TF1 a jugé la sanction « disproportionnée », estimant que « cette faute résulte d’une précipitation et d’une erreur d’interprétation, pas […] d’une volonté de tromper ». Florence Schaal estime servir de « bouc émissaire », et envisage d’attaquer son ex-employeur aux prud’hommes.

La faute est incontestable. A 58 ans dont trente-trois de carrière à TF1, Florence Schaal a bourlingué. Elle est à Moscou en août 1991, quand un putsch dépose Gorbatchev trois jours durant. En septembre 2001, elle est à Ground Zero. En 2004, correspondante permanente à Moscou, elle suit au plus près la prise d’otages de l’école de Beslan. Là, ce vendredi 8 août, Florence Schaal est à Verclause, dans la Drôme. Depuis quarante-huit heures, Louis, 2 ans et demi, a disparu. A 20h30, après un premier sujet, la journaliste est de nouveau à l’antenne : « Je viens d’apprendre de façon tout à fait officieuse, mais malheureusement sans doute certaine, que le petit Louis vient d’être retrouvé  ; et il semble qu’il ne soit plus en vie. » Dix minutes plus tard, la vraie nouvelle est officielle, Louis a été retrouvé indemne. Un bandeau déroulant pendant Koh Lanta rectifie l’erreur de TF1. Le lendemain, Julien Arnaud, saisonnier au JT, présente ses excuses.

Que s’est-il passé ? Les versions divergent. Selon les défenseurs de Florence Schaal au sein de la rédaction, elle était privée ce soir-là de tout moyen de communication, son téléphone portable ne fonctionnant pas. Et c’est subrepticement, via son oreillette, qu’elle apprend qu’elle va passer à l’antenne. A ce moment-là, elle sait que l’enfant a été retrouvé, mais elle ne sait pas s’il est vivant ou mort, et elle interprète mal l’attitude de pompiers présents sur le terrain. Quand elle est balancée en direct, elle n’a eu de contact avec personne à la rédaction, aucune discussion éditoriale. Et c’est là qu’elle commet l’erreur. Selon l’autre version, c’est Florence Schaal qui a demandé l’antenne. Michel Floquet, le rédacteur en chef du 20 heures, n’a pas réussi à la joindre avant le direct. Quelle que soit la version que l’on retienne, une chose est sûre : Florence Schaal se retrouve à l’antenne ce soir-là sans filet, sans qu’un chef soit au courant des propos qu’elle va tenir. Or, à la télé comme en presse écrite, un sujet ne se retrouve pas publié ou diffusé sans qu’il y ait eu lecture, relecture et discussion. Une journaliste de TF1 confirme : « On ne passe jamais en direct sans avoir parlé au rédac chef. »

C’est d’ailleurs ce que le CSA décide de souligner quand, le 5 septembre, il met TF1 en demeure de « respecter l’honnêteté de l’information et la maîtrise de l’antenne ». La sanction n’est pas si fréquente que ça  : parmi les derniers punis, France 2, en 2004, pour avoir annoncé le retrait d’Alain Juppé de la vie politique et, plus récemment, Europe 1 pour la fausse mort de Pascal Sevran. Dans le cas de TF1 et de Florence Schaal, le CSA s’est fait précis  : « La maîtrise de l’antenne implique, dans le cas où un envoyé spécial doit intervenir à l’antenne, qu’un contact ait été préalablement établi avec lui sur le contenu de son intervention. »

L’avis du CSA ? TF1 s’en fout. « J’ai toujours fait confiance aux envoyés spéciaux », plaidait récemment Jean-Claude Dassier, le nouveau directeur de l’information de TF1. Nonce Paolini, le grand sachem de TF1, dit avoir mené son enquête  : « Nos conclusions ne mettent absolument pas en cause la hiérarchie. » A savoir Dassier et Michel Floquet, chargé de la lourde tâche de redresser le 20 heures de TF1 désormais présenté par Laurence Ferrari. « C’est sûr, confirme un journaliste, Jean-Claude Dassier venait de nommer une nouvelle équipe, il n’avait pas intérêt à dire que Michel Floquet avait fauté. » Florence Schaal ne pouvait y réchapper : il en allait de l’intérêt supérieur de TF1.


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