jeudi 26 février 2009 11:39
Flower power
par Olivier Séguret
Flower - DR
Voilà donc plus d’une semaine qu’autour du globe quelques centaines, ou milliers, de joueurs éberlués se prennent pour un pétale de fleur et batifolent à travers champs numériques et luzernes virtuelles pour butiner tout ce qui ressemble de près ou de loin à un pistil. Le choc esthétique de Flower est l’une des plus belles surprises de cet hiver 2009 et donne lieu à une efflorescence de compliments émerveillés comme on n’en avait pas connu depuis longtemps dans les cercles gamers. Un miraculeux travail de production visuel et musical ; une épure de gameplay (une seule touche pour toute l’aventure) et un game design aussi limpide qu’inspiré caractérisent cet énorme petit bijou. Mais la révélation a le bon goût de se prolonger bien au-delà du simple effet de découverte ou d’éblouissement. Flower, développé par les Californiens de ThatGameCompany (auxquels on doit aussi l’étonnant flOw) est d’abord un éclaireur, en l’espèce un titre qui a fait le choix d’une accessibilité au très grand public tout en revendiquant sa provenance de la planète indé : cette nébuleuse du jeu qualifié d’indépendant, même si ses financements sont de plus en plus intimement liés au cœur de l’industrie mainstream. En ce sens, le jeu vidéo n’est pas plus « indépendant » que le cinéma américain autrefois financé par les frères Weinstein pour leur écurie Miramax : il échappe à la logique productive des blockbusters mais reste dépendant des majors qui le diffusent. Cette diffusion repose sur un modèle économique enfin assumable par tous : disponible en téléchargement sur la PS3, Flower est proposé pour la somme raisonnable de 7,99 euros, très éloignée des 70 euros qu’il faut en moyenne débourser pour toute nouveauté next-gen. Oui, la partie est courte, autour de deux heures, mais sa « replay-value » est considérable, quoi qu’en disent les critiques élogieuses mais trop rapides (et parfois éminentes : voir la « review » qu’y consacre l’autorité Edge). C’est d’ailleurs à l’usage, et même à l’usage répété, que s’éprouvent les vraies valeurs de Flower, cette profondeur quasiment spirituelle qu’il gagne à mesure de notre affinité et surtout cette complexité presque politique qu’il acquiert au fil de notre fidélité. Mieux qu’un poème écologique, Flower est le premier jeu qui problématise, tout en splendeur, notre rapport à demi conscient avec des questions aussi peu jouables, a priori, que le changement climatique, les énergies renouvelables ou la nécessaire harmonie naturelle que les hommes sont sommés de réinventer au cœur des villes. Paru dans Libération du 26 février 2009
Il y a 1 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet


