mardi 5 décembre 2006 17:59
Folie culte
« Julien Donkey-Boy », un film poétique sur un schizophrène, par le jeune prodige indépendant Harmony Korine.
par Samuel Douhaire
tag : cinéma d’auteur
DR
Julien Donkey-Boy de Harmony Korine (1999). 1h34. ED Distribution. 1 DVD, 19 euros jusqu’au 31 décembre, 22 euros ensuite. Rens. : www.eddistribution.com
Dans les années 1990, Harmony Korine était considéré le nec plus ultra du cinéma indépendant américain. A 19 ans, le petit prodige avait écrit le scénario du Kids de Larry Clark. A 24 ans, « parce que personne ne faisait les films [qu’il aurait] aimé voir au cinéma », il réalisait Gummo un premier long métrage totalement azimuté par son mélange des genres et des supports mais bouleversant par sa vision pleine d’amour des déclassés du rêve américain. A 26 ans, l’alors petit ami de Chloë Sevigny tournait avec la même démarche d’improvisation un deuxième film devenu instantanément culte, Julien Donkey-Boy. Depuis, plus grand chose à se mettre devant les yeux, Korine s’essayant avec plus ou moins de bonheur aux arts plastiques et à la photographie (voir le site « non officiel ») tout en s’abîmant dans les excès toxicomanes en tous genres. La sortie tardive de Julien Donkey-Boy en DVD Zone 2 permet de vérifier avec soulagement que ce film ô combien barré n’a rien perdu de sa force poétique – même si celle-ci côtoie autant la fange que la grâce. On y croise un père autoritaire (Werner Herzog, génial) qui, quand il ne porte pas un masque à gaz, radote sur des championnats d’oiseaux qui parlent et se shoote au sirop pour la toux bu dans une pantoufle… Le film est estampillé Dogme 95 (le manifeste de chasteté par lequel Lars Von Trier voulait « dépoussiérer le cinéma de tous effets superficiels »), ce qui relève de la plaisanterie quand on voit les premières images riches en ralentis et surexpositions de Julien Donkey-Boy. Dans une note d’intention reproduite sur le DVD, Harmony Korine « confesse » d’ailleurs avec ironie ses « fautes antiDogme » genre « j’ai triché avec la réalité, j’ai acheté une barquette d’airelles fraîches pour aller dans la dinde »… Le reste des bonus, délibérément épurés, respecte le credo du réalisateur reproduit sur le boitier du DVD : « l’art est à son meilleur quand on est touché sans être obligé de connaître le mode d’emploi. Il ne faut pas commercer à disséquer ses émotions sous peine de perdre la magie ». Le making of révèle toutefois que le héros de Julien Donkey-Boy, un schizophrène qui travaille dans une école pour aveugles, est le double cinématographique de l’oncle de Korine interné dans un asile psychiatrique, et que le film répond à un besoin de « rendre justice » aux malades mentaux sans « tomber dans une dimension romantique ». Korine en profite pour justifier son refus du scénario : « Pourquoi imposer un scénario plein d’idées mortes à la vraie vie ? Papier et encre sont des objets inanimés, acteurs et caméra sont vivants. » Aux dernières nouvelles, Harmony Korine est revenu derrière la caméra. Il a même terminé le tournage de son troisième film, une coproduction franco-anglaise impliquant la styliste Agnès b., et qui, au vu de son script, s’annonce pour le moins étrange, même selon les critères de Korine. Le héros de Mister Lonely est en effet un jeune Américain blanc gagnant sa vie comme sosie de Michael Jackson qui rencontre Marilyn Monroe (jouée par Samantha Norton), son mari (sic) Charles Chaplin (Denis Lavant !), et sa fille (re-sic) Shirley Temple. Au générique figurent également le pape, la reine d’Angleterre (jouée par l’ex-égérie des Stones Anita Pallenberg), Madonna, James Dean, Abraham Lincoln… et l’action se promène entre Paris, l’Ecosse et une mission de bonne sœurs dans la forêt amazonienne. C’est peu dire qu’on est curieux de voir le résultat.
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