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vendredi 25 novembre 2011 17:01

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La bataille de l’Internet libre, loin d’être gagnée

William Echikson est le porte-parole de Google Europe pour les questions de libre expression

par William Echikson

tags : liberté d’expression , Google , censure , Chine

Photo Karen Roe, CC BY

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Dans l’ère du « Control 2.0 », la stratégie des régimes autoritaires s’est affinée et ravive le débat sur la responsabilité des acteurs du Net.

Le printemps arabe l’a montré : Internet a accéléré l’accès à l’information. Quelque deux milliards de personnes sont aujourd’hui connectées. Tout le monde peut prendre connaissance de leurs idées. Plus d’information signifie plus de choix, plus de liberté et, au bout du compte, plus de pouvoir pour les individus.

Mais la bataille pour un Internet libre est loin d’être gagnée. Son succès a ainsi renforcé la détermination des gouvernements répressifs d’établir des règles qui restreignent la liberté d’expression. Le nombre de pays qui censurent le Net est passé de quatre en 2002, à quarante aujourd’hui, selon l’Open Network Initiative. Et ce nombre ne cesse de grandir. De plus en plus de gouvernements érigent des barrières, renforcent des lois, répriment les dissidents pour limiter la liberté d’expression, en ligne ou hors ligne, s’en prenant sévèrement à ceux qui enfreignent ces règles.

Pourquoi une société privée évoque-t-elle cette question ? Tout d’abord parce que nous avons pour projet entrepreneurial de rendre l’accès à l’information universellement accessible et utile. Ensuite, pour le dire clairement, il en va de l’intérêt de Google. Notre société est bâtie sur le libre-échange d’information, ce qui a d’ailleurs donné lieu à des critiques depuis l’irruption d’Internet. Tous nos produits, y compris les publicités, sont précisément destinés à aider les utilisateurs à créer, à communiquer, à trouver et partager des informations et des opinions à travers la planète. Sans liberté de circulation de l’information, notre modèle économique fondé sur la publicité ne pourrait pas fonctionner.

Je ne pense pas qu’il soit exagéré de dire que nous nous trouvons à un carrefour. A moins que les entreprises, les gouvernements et les individus ne se mobilisent, nous sommes probablement sur le point de voir l’Internet ouvert se refermer et s’éloigner de l’utilisateur, son contrôle étant accaparé par ceux qui souhaitent limiter l’accès à l’information.

La première des menaces émane de régimes autoritaires comme la Chine, le Vietnam et l’Iran. Soyons clairs : quand les feux de l’actualité sont braqués sur ce que font les entreprises comme Google pour combattre la censure et l’omniprésence de ces gouvernements, trop souvent, la bataille est perdue. Nous l’avons vu en Chine, où après une attaque très sophistiquée (survenue après une année de pression sur nos salariés), nous avons été amenés à censurer le résultat des recherches.

Même si personne ne compare un gouvernement européen démocratiquement élu avec ces régimes répressifs, nous avons constaté une tendance inquiétante. Avec les meilleures intentions du monde (la protection des enfants, but que nous partageons évidemment), ces gouvernements sapent les fondements d’Internet. Trois dirigeants de Google ont été condamnés pour atteinte à la vie privée à cause d’un film posté sur Google Video. Cette décision est un précédent inquiétant. Si des sites comme Blogger, YouTube, les réseaux sociaux ou encore certains sites communautaires sont tenus pour responsables de la moindre parcelle de contenu (chaque texte, chaque photo, chaque fichier, chaque vidéo) qui figure sur leurs plateformes, le Web tel que nous le connaissons cessera d’exister et nous perdrons l’essentiel de nos avantages économiques, politiques, sociaux et technologiques.

Nous admettons évidemment que la liberté d’expression n’est pas — et ne doit pas être — sans limites. Nous avons, par exemple, mis au point une technologie qui permet de combattre la pédopornographie, illégale dans tous les pays. Nous bannissons également les résultats qui pourraient exposer les utilisateurs, au risque de voir leur identité usurpée, et nous respectons les lois locales. Mais il ne doit pas y avoir de doute sur le fait qu’au bout du compte nous avons la volonté de privilégier le libre accès à l’information.

Ça n’est pas un problème américain ou européen. C’est un problème qui touche aux droits de l’homme.

Depuis trois ans, Google a rejoint Microsoft, Yahoo, et certaines ONG, notamment spécialisées dans les droits de l’homme, pour former une organisation baptisée Global Network Initiative ; cette organisation a pour but d’établir un code de bonne conduite destiné aux entreprises confrontées à des régimes répressifs et amenées à protéger la vie privée des utilisateurs. Une telle initiative ne représente pas l’arme absolue, mais une première étape concrète. Si elle reste limitée aux Etats-Unis elle n’atteindra pas son but. J’ai un souhait : que les gouvernements, les entreprises et les ONG européennes se hissent à la hauteur des enjeux. Nous avons besoin de vous.

 

Cette tribune est parue dans Libération du 21 novembre 2011. William Echikson est le porte-parole de Google Europe, débattra ce week-end de la liberté d’expression en ligne au forum Libération de Lyon.

 


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