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lundi 7 mars 2011 15:04

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France 2 dans les affreux de la télé-réalité

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : télé-réalité , France Télévisions

Photo France 2

Une ______ sans ___ femmes ? __ voilà ___ idée ! __ coup - ____ savez ____ à ____ point ____ aimons ____ chafouins -, __ va ____ imiter __ concept __ France 2 __ supprimant __ cet _______ chacune ___ contributions ______ par ________ féminin. __ fait, __ mot ___ deux. _____ rigolo, ___ vrai ? _______ ça, ___ lisible ? ____ êtes ____ normatifs… D’accord, on arrête. Mais avouez que, niveau balourdise, on rivalise très sérieusement avec France 2 qui, mardi prochain à 20 h 35, va rendre compte d’une « expérience sociale » (si, si, « expérience », et « sociale » avec ça) menée début janvier à Montrésor, bled d’Indre-et-Loire aux 360 âmes. D’un coup, d’un seul, Montrésor a été vidé de tous ses frifris. Une semaine durant, les hommes ont été privés de leur moitié, avec, pour seule compagnie, les caméras du producteur BBC Worldwide filmant leurs déboires avec lardons et machine à laver. Et ce, pendant que leurs femmes faisaient la bamboula à Marrakech. Oui, un peu patapouf comme concept mais surtout, Une semaine sans les femmes marque la toute première incursion de France Télévisions dans la télé-réalité. Ohlala.

Dans l’antre de la bête

Non mais dites donc, on pense à un truc, là : la télé-réalité, c’est pas cette horreur bannie des écrans publics par l’ancien président de France Télévisions Patrick de Carolis, dont la porte du bureau s’ornait, pour plus de sûreté, de gousses d’ail et de crucifix afin de repousser le Malin ? Eh bien désormais, elle est tolérée par l’hôte actuel des lieux Rémy Pflimlin. Pourtant, c’est sous l’ancien régime que la bête immonde s’est infiltrée : « On a commencé à discuter avec BBC Worldwide il y a un an, indique Nathalie Darrigrand, responsable des magazines de société à France 2, on a été emballé tout de suite, et la décision a été prise pendant la transition entre Patrick de Carolis et Rémy Pflimlin, mais sa déclaration nous a confortés. » Mais attention, avait précisé le nouveau président lors de son oral devant le CSA, les émissions ne devront pas être « vulgaires ». Gasp. Ainsi ne verrons-nous dans Une semaine sans les femmes aucune Cindy dûment dépoitraillée venue tenter de ses nichons en plastique le célibataire temporaire. Ni la moitié dudit célibataire temporaire regarder, écumant de rage, les images desdits nichons arpentant le lino de sa cuisine. Ni d’élimination, ni de SMS surtaxés, ni de jury, ni de Dédé, ni de photo à poil dans Entrevue. Rien de télé-réalité en somme, ou presque. « C’est de la télé-réalité parce que nous avons provoqué la situation de départ », explique Nathalie Darrigrand. Oui bon, Une semaine sans les femmes a aussi un petit goût d’Amour est dans le pré dix ans après : ils se sont rencontrés (dans la bouse de vache), ils se sont aimés (dans la bouse de vache), ils se séparent (parce qu’à force la bouse de vache, hein…). Et avec, en sus, une ancienne présentatrice du country-dating de M6, Véronique Mounier. Qui, en parfaite animatrice de télé-réalité, ne sert à rien, sinon à arpenter les rues de Montrésor en déclamant des phrases impérissables : « Comme quoi, tout ça est une belle histoire d’amour. » Merci, Véro.

Photo France 2

Des larmes dans le pétrin

Pourtant, elle a raison, Véro. Une semaine sans les femmes, c’est aussi neuneu que ça. Parce que du coup, sans Cindy, sans les nichons, ni les éliminations, il faut bien le dire, on se barbe un peu. Une fois la leçon de machine à laver dispensée et la quarantaine de femmes évacuées vers le Maroc (et même pas la Libye, nul), la quarantaine de bonshommes esseulés se rase sérieux. Sur le lot, on en suit une dizaine jour après jour. Il y a m’sieur Couratin qui fait des crêpes pour la première fois, l’aventure moderne à en croire ses gesticulations. Il y a le chevrier Chapelot qui semble découvrir sa fille de 2 ans et finit par trouver un moyen de communication avec cet être étrange : les carottes râpées, qu’il lui sert en permanence. Oui, ça y va. Il y a le docteur Clément, médecin à la retraite, déchirant dans une scène triste façon l’Angelus de Millet mais à table devant sa soupe : « C’est vrai qu’elle est grande, cette table », se navre-t-il. Et il y a le boulanger Beaugrand, essentiel le boulanger. Avant le départ de sa femme, il déprimait : « Avec l’absence de ma femme, ce qui va être le plus difficile de tout, c’est l’absence de ma femme. » Après, c’est pire et toute la semaine, il remplit son pétrin de larmes. Que voulez-vous, philosophe le bon docteur Clément, « l’homme seul est un bateau sans skipper ». C’est beau. On dirait du Barbelivien.

Dans ton faux-cul

D’ailleurs, explique le producteur Jean-Louis Blot, de BBC Worldwide, « ce qu’on a voulu faire, c’est une comédie romantique : l’aspect caricatural du macho, on n’y a pas cru ». Il y a quelques années, TF1 a acheté l’idée avant de renoncer : « trop macho », a assené la pourvoyeuse officielle en Cindy de la Une, Angela Lorente. Mais le téléspectateur de France 2 n’aura pas droit à la tarte à la crème du père qui envoie ses enfants à l’école en pyjama, leur fait manger des cochonneries toute la semaine et transforme la maison en un tas de slips sales en attendant que bobonne revienne. C’est que si, selon Nathalie Darrigrand, France 2 « assume » désormais le mot de télé-réalité, la chaîne publique marche à la fois sur des œufs et la pointe des pieds. « On a mis à disposition des habitants à la mairie de Montrésor la charte éthique de la BBC, raconte Jean-Louis Blot, c’était une façon de dire "C’est pas Endemol qui débarque, c’est la BBC". » De plus, alors que le concept original d’Une semaine sans les femmes se décline en plusieurs épisodes donc forcément dramatisants, France 2 a opté pour une seule émission. Qui, du coup, tient du soufflé essoufflé : carottes râpées, boulanger en pleurs, hommes tristes sans leur femme, la belle affaire ! « Si nous devons refaire un numéro, ça n’aura rien à voir, il faut trouver des sujets plus durs, plus délicats, avec plus d’aspérités, reconnaît Nathalie Darrigrand. Là c’est quelque chose de doux, c’est pas plus que ça, mais c’est déjà ça. » En Grande-Bretagne, le concept a été décliné par la BBC en The Day The Immigrants Left, pour démontrer l’utilité des immigrés dans la société anglaise. Mais sur France 2, Une semaine sans les femmes, c’est la télé-réalité sans les couilles.

Paru dans Libération du 05/03/2011


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