mardi 17 mars 2009 15:51
France 4 se muscle aux alters
La chaîne propose un mensuel sur les néodésobéissants.
par Christian Losson
tags : documentaire , politique
Reverend Billy - CC Brave New
« Global Resistance », magazine mensuel, France 4, 20 h 35.
Si résister, c’est créer, on peut tenter de créer de la télé en résistant à l’air du temps. Il suffit, par exemple, de donner à voir ceux qui sont en rupture. C’est le pari de Global Resistance. Sortir des rives boueuses d’une génération 15-35 ans qu’on voudrait déprimée, résignée, dépolitisée. Et tenter de gagner les rivages d’une jeunesse qui, créative et récréative, s’ouvre d’autres mondes que l’horizon ipodesque qu’on lui prête. « On veut parler des jeunes autrement, résume Bruno Gaston, directeur des programmes de France 4. Des jeunes qui veulent être acteurs de leur vie, pas simples spectateurs. » Acteurs d’un autre monde, à coup de microrébellions, de happenings utopiques, d’actions symboliques en rupture avec la politique clanique : Global Resistance trace un premier opus décent à défaut d’être incandescent. On y goûte à l’anticonsumérisme américain via les prêches du Reverend Billy. On se frotte à une action allemande anti-déchets nucléaires aux côtés du collectif Robin Wood. On s’enrôle avec la Rebel Clown Army d’Amsterdam et ses armes de distraction massive. « On est dans le coq-à-l’âne, dans le pêle-mêle, dans le spectacle aussi, dense et déboutonné », revendique Bruno Gaston. Se pencher sur les néodésobéissants dans un énième docu aurait tenu du marronnier alterbobo. Oser un magazine mensuel qui en répertorie les formes, les codes et les usages a plus de gueule. C’est toute l’excitation d’un work in progress d’un monde en (per)mutation accélérée, toute la difficulté aussi. Suivre le fil de ces réinventions politiques, hors-sol, loin de think tank et des manifs classiques, demande finesse et engagement. « Pour l’instant, on en a commandé quatre numéros, explique Bruno Gaston. On se mettra autour d’une table et on fera le point. » Si, comme l’assure John Jordan, l’un des intellectuels de ces multitudes de rébellions, « le rôle de l’artiste n’est plus de représenter le monde mais de le transformer », la télé n’en est certes pas encore là. Mais ce Global Resistance recense un peu de frivolité tactique et pas mal de dérision créatrice. Un rien d’imaginaire subversif et pas mal de promesses d’imagination insurrectionnelle. Des clowns, ces alters ? « Les clowns parlent toujours de la même chose, disait Dario Fo. Ils parlent de la faim : faim de nourriture, faim de sexe, mais aussi faim de dignité, faim d’identité, faim de pouvoir. » Faim de changement. De (réelle) rupture. Butinons donc avec gourmandise ce Global Resistance pour voir se polliniser à l’écran des résistances. La bouffonnerie de l’époque l’exige : les clowns tristes n’arborent pas, eux, de nez rouge. Paru dans Libération du 17 mars 2009
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