mercredi 25 juin 2008 09:52
France Télévisions : Copé rend sa copie
Télé sans pub. Remise aujourd’hui à l’Elysée du rapport de la commission. Bande-annonce.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , France Télévisions , Télé sans pub
Le 8 janvier, Nicolas Sarkozy agissait : suppression de la pub sur France Télévisions. Puis, en février, il réfléchissait, ou plutôt en confiait le soin à un aréopage présidé par l’UMP Jean-François Copé et composé d’une trentaine d’élus (moins six de gauche, démissionnaires en cours de route) et de pros de l’audiovisuel. Aujourd’hui à 16 heures, Copé foulera de son pas moyennement auguste le gravier de l’Elysée avec, sous le bras, le rapport de sa commission. Depuis l’annonce de Sarkozy, France Télévisions a déjà essuyé deux grèves historiques et perdu pas loin de 100 millions d’euros de recettes publicitaires. Tandis que, dans le même temps, les chaînes privées, et TF1 en tête, se voyaient accorder des cadeaux somptuaires : allongement de la durée de la pub, deuxième coupure dans les films, rehaussement des seuils de concentration... A Sarkozy de parler désormais, ce qu’il fait cet après-midi, et de dire comment il entend transformer le rapport Copé en loi, prévue à l’automne. Le petit miracle se produira le 1er septembre 2009 à 20 heures. Enfin, à 20 h 25 : juste après le JT, il n’y aura pas de pub. Quelques bandes-annonces, une météo et son sponsor (ça, on y aura encore droit) et boum, écrit la commission dans son rapport : « Les programmes de première partie de soirée commenceront dès 20 heures 30 précises ». Contre 20 h 50 aujourd’hui. Partant, la deuxième partie de soirée se voit avancée d’une bonne demi-heure. En 2012, la réclame sera totalement bannie des écrans publics. Sauf dans les régions de France 3, sur RFO et sur les sites web publics. Pour la première période, comme France Télévisions conserve la pub avant 20 heures, c’est 450 millions d’euros qu’il faut trouver. Et pour la seconde après 2012, sans pub du tout, il faut 650 millions d’euros. Vu le veto présidentiel à une augmentation de la redevance (l’une des moins chères d’Europe), la commission a bricolé un mille-feuilles de taxes et réaffections. Ainsi, France Télévisions récupérerait les 60 millions d’euros de redevance de RFI, vu que la radio va intégrer l’audiovisuel extérieur qui dépend d’un autre budget. De la même façon, zou, dans la poche, la redevance de l’INA, soit 80 millions d’euros. L’Institut national de l’audiovisuel vivra désormais d’une taxe sur le chiffre d’affaires publicitaire des chaînes privées. Côté redevance, outre un alignement sur l’inflation (soit une augmentation de deux à trois euros par an) et une extension aux résidences secondaires (à moitié prix), la commission Copé demande un élargissement de l’assiette « à l’ensemble des moyens permettant de recevoir la télévision » (un ordinateur mais pas de télé ? Couic, à la caisse) ainsi qu’une mensualisation du paiement (psychologiquement, ça fait moins cher). Ah, et ceux qui n’ont pas de télé, ni d’ordi mais juste une radio devront verser 25 euros à l’audiovisuel public. Le gros morceau doit venir d’une taxe sur le chiffre d’affaires des télécoms et des fournisseurs d’accès à Internet : 0,5 %, rapportant 210 millions d’euros par an. Souci majeur : comme leurs collègues des chaînes privées, les télécoms n’entendent pas se faire taper aussi facilement et ont redit hier leur « opposition déterminée ». Autre souci : Copé a beau jurer ses grands dieux qu’il a obtenu des garanties de la part de la Commission européenne, hier encore celle-ci a fait savoir qu’elle n’était « pas enthousiaste » face aux projets français de taxer les télécoms. Considérant une telle taxe « comme un obstacle à la libre circulation. » Las ! Nicolas Sarkozy va balayer une partie de ce joli plan de financement d’un revers de Rolex. Le gouvernement le trouve en effet bien compliqué, et penche vers un schéma plus simple à base d’indexation de la redevance, de taxe sur la pub des chaînes privées, et de taxe, mais plus élevée, passant de 0,5 à 0,8 % sur les opérateurs télécoms et Internet (Libération du 19 juin). En somme, ce que Sarkozy avait préconisé dès le départ. « Matrice tu m’as fait. » Patrick de Carolis entonnant à tout va du Gérard Manset, voilà la conséquence de l’organisation « matricielle » voulue par la commission Copé. C’est-à-dire que tout partira du ventre de France Télévisions pour essaimer vers des petits cordons ombilicaux sur le Web, à la télé et sur le téléphone portable. Pas clair, hein ? En fait, au lieu d’une quarantaine de sociétés, France Télévisions se rassemblera en une entreprise unique. Et à la place de l’unité Fiction de France 2, de l’unité Fiction de France 3, etc., il n’y aura plus qu’une unité Fiction pour France Télévisions. Qui fournira en téléfilms chacune des chaînes, mais aussi le Web et le téléphone portable. Et ainsi de suite pour les unités Jeunesse, Cinéma, Documentaires, etc. Le média global, ça s’appelle. A noter, ce fameux média global existait déjà dans le contrat d’objectifs et de moyens (COM) qui fixe les obligations entre l’Etat et le service public. Un COM qui sera d’ailleurs désormais fixé pour cinq ans, soit la durée du mandat du président de France Télévisions. Lequel ne sera plus nommé par le CSA mais par le conseil d’administration sur proposition du CSA parmi une liste de quelques noms. Un tour de passe-passe qui, là encore, laisse le gouvernement dubitatif. C’est sans doute la partie la plus comique du rapport Copé. Les journalistes de France 3 ont par exemple beaucoup apprécié que la commission leur conseille de mutualiser « les images des rédactions nationales et régionales de France 3 au sein d’une banque d’images numérique », alors qu’un tel système existe depuis huit ans déjà. France 3 qui l’a échappé belle, puisque la commission est finalement revenue sur sa décision de transformer la chaîne en sept stations régionales avec quelques heures de programmes nationaux. Et se contente finalement d’un rapprochement administratif. Sinon, on sera heureux d’apprendre qu’après quatre mois de travaux, les éminents membres de la commission ont découvert que France 2 devait être « fédératrice », et France 5, « la chaîne du savoir et du décryptage. » Sur le même sujet :Calendrier
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