jeudi 23 octobre 2008 09:44
France Télévisions, au nom de la loi
Télé sans pub. Christine Albanel a présenté hier le projet en Conseil des ministres.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , publicité , France Télévisions
Hier au ministère. De g. à d. : Nonce Paolini, Patrick de Carolis, Bertrand Méheut et Christine Albanel. Photo Sébastien Calvet
Venus au ministère de la Culture hier signer de nouveaux accords avec les organisations de producteurs sous l’égide de Christine Albanel, les patrons de TF1 et de Canal + ont croisé Patrick de Carolis. Et il y avait comme un reflet de compassion dans l’œil de Nonce Paolini et Bertrand Méheut, genre « désolé, vieux, et courage ». Car ça y est, et sauf retournement de dernière minute au Parlement, le patron de France Télévisions va devoir se coltiner la plus grosse réforme de la télé publique depuis l’ORTF, réforme que lui a imposée Nicolas Sarkozy : la fin de la pub. Hier, la ministre de la Culture et de la Communication –qui, au passage, n’est pour rien, elle non plus, dans la réforme– a présenté le texte de loi en Conseil des ministres. Le projet modifie en profondeur la loi de 1986 sur la communication audiovisuelle : transformation de France Télévisions en une entreprise unique, suppression de la pub après 20 heures le 5 janvier 2009 avant son arrêt définitif fin 2011, compensation de la pub par des taxes, nouveau mode de désignation du patron de la télé publique par le patron de la France (aka, Nicolas Sarkozy) et ribambelle de cadeaux aux chaînes. « Je crois, a commenté Christine Albanel, que c’est une bonne réforme qui donne plus d’identité à l’audiovisuel public, plus de moyens aux chaînes privées. » Ça, chère Christine, c’est bien vrai : des cadeaux (sous forme d’allongement de la durée de la pub et d’une seconde coupure dans les films et les fictions notamment) pour TF1 et consorts, tandis que Carolis n’aura que son virage éditorial pour pleurer. Si le compte y est à peu près pour 2009, c’est une autre paire de manches pour les années suivantes : rien n’est notamment prévu pour financer les programmes qui remplaceront la défunte pub. « Ça fait partie des négociations avec l’Etat », a plaidé Albanel. Car Carolis négocie en ce moment avec Bercy un « plan d’affaires » sur plusieurs années. Pour François Hollande, l’affaire est entendue : « Je le dis avec gravité, c’est le début de la fin de l’audiovisuel public. » Pour le premier secrétaire du PS, « en privant les chaînes publiques de publicité, donc de ressources extérieures, on met ces chaînes publiques dans la main de l’Etat, ce qui n’est pas bon sur le plan politique ». François Bayrou, lui, voit dans la réforme et surtout dans le nouveau mode de nomination et de révocation du président de France Télévisions, « une régression sans précédent [...] Dans toutes les démocraties du monde, il existe un sas entre le pouvoir et l’audiovisuel public ». Déjà, à l’UMP, on aiguise ses arguments pour le débat parlementaire qui aura lieu en urgence– à partir du 25 novembre. Ainsi, le porte-parole du parti présidentiel Frédéric Lefebvre a jugé « évidemment nécessaire » un plan social à France Télévisions. Et c’est parti... Paru dans Libération du 23 octobre 2008
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