mercredi 5 novembre 2008 10:50
France Télévisions gavée par la loi
Télé sans pub. Le PS et l’intersyndicale du service public planchent sur des amendements.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , publicité , France Télévisions , Télé sans pub
A France Télévisions, en juin. Les salariés ont été reçus hier par la commission parlementaire. Lionel Charrier. MYOP
Barouf, souk, voire hourvari. Ah, il promet d’être sportif, le débat parlementaire de la loi sur l’audiovisuel qui doit déboucher sur la suppression de la pub après 20 heures sur France Télévisions, à partir du 5 janvier 2009. A trois semaines de l’examen en urgence du texte à partir du 25 novembre, les opposants à la réforme décidée par Nicolas Sarkozy donnent de la voix. La palme de l’insolite revient à François Sauvadet, président du Nouveau Centre : il s’est déclaré hier opposé à la « suppression brutale de la publicité » tout en précisant que « sur le fond, c’est un projet de loi que nous soutenons ». Heu... Il doit y avoir là une subtilité néocentriste, vu que le projet de loi consiste précisément à supprimer la pub. Ce matin, l’audition par la commission de l’Assemblée nationale chargée de cuisiner la loi de la ministre de la Culture Christine Albanel et de son homologue du Budget, le particulièrement près de ses sous Eric Woerth, devrait être l’occasion d’une belle baston : « On va donner du canon, prévient le député PS Christian Paul, ce sera une vraie bataille politique sur la question de l’indépendance, car là, on revient vingt-cinq ans en arrière. » Le député socialiste Didier Mathus, quant à lui, promet « un bon nombre d’amendements ainsi qu’un recours devant le Conseil constitutionnel » sur la nomination du président de France Télévisions par Nicolas Sarkozy. Un PS qui se veut offensif car, explique Christian Paul, « la loi sur l’audiovisuel sera la première épreuve de vérité pour le nouvel attelage socialiste », désigné par les militants le 20 novembre. Et d’ici à ce que les parlementaires UMP regimbent aussi... En attendant, les salariés de France Télévisions s’organisent. Reçue hier par la commission qui prépare la loi, l’intersyndicale a fait part de ses nombreux griefs. Notamment sur le plan de l’indépendance, puisque la télé publique, privée de ressources publicitaires, ne devra son salut qu’au bon vouloir de l’état. L’intersyndicale s’est aussi inquiétée du fait que, dans le projet de loi, les chaînes de France Télévisions ne soient pas détaillées, redoutant ainsi qu’on en ratiboise une au passage, ni vu, ni connu. Autre souci : le futur cahier des charges de France Télévisions, coécrit par le ministère de la Culture et la direction de la télé publique. Le document, pas encore finalisé, fixe ses missions jusque dans leurs moindres détails : « Les grilles de programmes sont quasiment faites par le gouvernement, c’est la télé d’Etat ! », tempête Jean-François Téaldi, de l’intersyndicale. De son côté, le SNJ de France Télévisions a rédigé ses propres amendements, espérant qu’ils seront repris par des députés. « Nous voulons les impliquer et les sensibiliser à la question du pluralisme », explique Carole Petit, représentante du SNJ. Le syndicat propose ainsi que le président de France Télévisions soit désigné (et révoqué) par son conseil d’administration. Et le SNJ de demander la création d’« une commission dite du respect du pluralisme » composée de journalistes et de personnalités nommés par le CSA. Ainsi que l’inscription dans la loi des chartes déontologiques des journalistes de France Télévisions. Plus prosaïquement, l’intersyndicale bat le rappel des troupes avec une semaine de mobilisation et, au premier jour de l’examen de la loi, le 25 novembre, une grève de 24 heures avec manif devant l’Assemblée nationale. Paru dans Libération du 5 novembre 2008
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