lundi 8 novembre 2010 17:33
Francis le Belge, pègre de famille
par Isabelle Hanne
Photo Thibaut Grabherr - Canal +
Mon Père, Francis le Belge, réalisé par Frédéric Balekdjian.
Canal +, ce soir à 20 h 50. « Je suis rentrée à la prison à 8 ans, j’en suis ressortie à 17 », dit la jeune fille d’une voix lasse. Pendant près de dix ans, toutes les semaines, elle fut abonnée aux parloirs pour visiter son père, Francis Vanverberghe. Ou Francis le Belge, parce qu’à Marseille, on avait du mal à mémoriser son patronyme flamand. Gamin de la Belle de Mai, petite frappe, puis caïd, parrain, et même maillon incontournable de la « French connection » : jolie carrière, qui se solda par sept balles dans le corps un après-midi de septembre 2000 dans un café de courses près des Champs-Elysées. C’est la parole sourde et ferme de sa fille unique, Cathy, qui mène l’histoire du mafieux dans Mon père, Francis le Belge - le scénario de cette fiction est d’ailleurs une adaptation du livre éponyme de Sylvie Borel, la « vraie » fille du charismatique truand. Le film, servi par une belle photographie, n’est pas un simple biopic. Il raconte aussi une histoire de femmes : celle de Marion (Vahina Giocante), mère de Cathy et amoureuse contrariée du parrain marseillais. Et celle de Cathy, donc, dans sa chaotique relation avec son père. Chaotique à cause des absences de Francis (Pio Marmaï, cet été à l’affiche de D’amour et d’eau fraîche), en « voyage d’affaires » ou en taule. Chaotique, enfin, parce que Cathy (Nina Deslandes) hésite entre fascination, terreur, affection, dégoût ou rejet, selon les étapes de sa vie, pour ce séduisant proxénète et dealer d’héroïne, avec tout ce que ces activités comptent de violence, vengeance et règlements de compte. Scène ultime que ce souvenir d’enfant : la fillette, muette, est cachée sous la table lors d’une réunion entre le Belge et ses hommes de main. Follement mégalo, le père, qui la découvre et lui ordonne de lui baiser les pieds. Lui n’est simplement pas intéressé par cette enfant dont il ne sait que faire. Sauf une fois, quand il la prend dans ses bras pour en faire un bouclier contre d’éventuelles balles. C’est finalement lors de ses longues années d’incarcération que les deux pourront, un peu, s’apprivoiser. Paru dans Libération du 08/11/2010
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