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jeudi 12 août 2010 12:22

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François Sagat, honoré à Locarno

La star du porno gay est le personnage central de l’émouvant « Homme au bain », qui a divisé le public du festival suisse.

par Philippe Azoury

tags : gays&lesbiennes , zombie , porno

Photo DR

Locarno n’est pas exactement le genre de festival où l’on vient se bagarrer. Le calme tessinois de l’endroit, la majesté de son lac, la belle curiosité de sa cinéphilie inspirent davantage une tenue vestimentaire de semi-vacancier old school, pieds nus dans les mocassins, que le port d’une armure. Il va pourtant falloir serrer les poings, réactiver les vieilles discussions de fin de risotto, juste parce que le 63e festival de Locarno a diffusé samedi dans le grand hall du Fevi (qui doit bien contenir 1500 spectateurs) un des films les plus émouvants et les plus libres qui soient. Mais ce film, en retour, reçut un accueil violent (sifflets, chahuts, etc.). De ceux qui écrivent l’histoire d’un festival et permettent de recompter ses amis.

De quoi s’agissait-il ? Du septième film d’un garçon qui refuse que son parcours soit dicté par l’idée d’une carrière gérée comme un patrimoine. Lui va où bon lui semble, se métamorphose au coup par coup. Lui, c’est Christophe Honoré, et ce septième film porte un titre de peintre : Homme au bain. Et c’est exactement cela : le tableau d’une âme, et le passage au bain révélateur d’une image pour que derrière apparaisse, renaisse l’homme. Or, l’homme en question est une icône : inconnu du grand public, mais star dans sa niche, il s’agit de François Sagat, acteur de porno gay français dont le look, construit de A à Z sur les codes de la racaille de banlieue, porte les drapeaux de la France beur jusqu’aux Etats-Unis, où il s’est aussi imposé.

Le François Sagat que le film nous apporte comme sur un plateau est une pute et un garçon. Il reçoit beaucoup, et donne aussi, à droite à gauche ; mais Omar, qu’il incarne, voudrait que l’appartement de Gennevilliers - où il a tenté de construire une histoire avec un jeune cinéaste, Emmanuel - soit un endroit où laisser exploser le garçon-fleur en lui. Mais Emmanuel et lui se séparent et comme il s’en va montrer son dernier film avec Chiara Mastroianni à New York, il lui donne le temps de ce court séjour transcontinental pour décamper. Fin de l’histoire. Mais Omar ne part pas, il lave l’appartement de ses peurs, et commence à recouvrir les murs de peintures qui diront à la place des mots sa volonté d’amour.

On a tout entendu sur ce simple et beau film : que c’était de la pornographie masculine, que cette histoire de folles en cités était une invention arty (parce qu’en dehors du cinéma porno, personne ne l’avait filmé et racontée jusqu’ici ?), qu’il était un court métrage étiré sur une heure douze par un mauvais jeu de passe-passe (Honoré a construit l’épisode new-yorkais à partir de plans effectivement filmés durant la présentation cet hiver de son récent Non ma fille, tu n’iras pas danser).

Homme au bain était, sur le projet, un court métrage commandé par le Théâtre de Gennevilliers (dirigé par Pascal Rambert) ; mais Honoré, passionné par le jeu de vrai et de faux (une fiction marabout-bout de ficelle avec des documents, qui révèle la vraie nature de Sagat en le maintenant dans une fiction) passe en force dans le format long pour atteindre une ampleur et donner, du corps atypique de son acteur, une radiographie sensible qui touche à la peinture : bleu lapis lazuli et tatouages crâniens, bites et larmes ravalées, amours et incompréhensions, on ne voit pas un spectateur incapable de s’émouvoir devant ce geste qui lui permet de regarder dans la durée un corps, puis le cœur en dessous. Jusqu’à avoir envie de tenir Sagat dans ses bras, pour ne pas qu’il tombe.

Le même Sagat suce pas mal, par ailleurs, dans L.A. Zombie, le dernier opus délirant de Bruce LaBruce, confrontant deux genres (le porno et le film de zombies) dans leur art de la répétition et du plaisir sans cesse renouvelé.

A part ça, à Locarno, pas mal de premiers films encore hésitants, mais aussi un nouveau long métrage du Canadien Denis Coté, Curling, qui laisse la même impression que les quatre précédents (inédits en France) : sens de l’image, bonnes références, mais une certaine difficulté à être ce qu’il vise, un cinéma de l’évidence. L’effort qu’il fait pour imposer son étrangeté empêche souvent le film de flotter avec grâce où il voudrait. Cependant, Curling reste bien en bouche et pourrait, par sa force graphique, résister. Jusqu’à devenir un des pics d’un Locarno (qui s’achève le week-end prochain) à la fois fiévreux, polémiste et surtout haut en sensualité.


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