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lundi 5 février 2007 11:26

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Frissons de rire à Gérardmer

Second degré hilarant et austérité existentielle au Festival du film fantastique.

par Bruno Icher

tags : fantastique , festival

DR - Sakebi de Kiyochi Kurosawa

Pour être rude, le Vosgien ne crache pas sur la rigolade. C’est la leçon de ce quatorzième Festival du film fantastique de Gérardmer, au cours duquel les comédies de la sélection officielle ont recueilli les suffrages du public et des jurys. Bien davantage, en tout cas, qu’au moins trois autres films ambitieux et, certes, un brin austères, qui n’ont pas résisté à cette bouffée de poilade à teneur régressive.

La comédie, donc. A commencer par Fido, deuxième film du Canadien Andrew Curie. Fido (équivalent US de Mirza) est une parodie de Lassie . Même chromo des années 50, même caricature de l’Amérique blanche dans son obsession des « valeurs vraies ». L’élément perturbateur est la horde de zombies contre lesquels les humains ont remporté une guerre mondiale et qu’ils ont réduits en esclavage. Chaque foyer possède sa créature qui sert de loufiat et d’animal de compagnie. La critique sociale aurait été drôle sur une demi-heure. Elle l’est beaucoup moins sur une heure et demie. Même goût pour les valeurs sûres avec Black Sheep, premier film du Néo-Zélandais Jonathan King. A la suite de manipulations génétiques malencontreuses, une révolte ovine de grande ampleur fait rage. Etres humains mordus qui se métamorphosent en moutons-garous, clins d’oeil à divers films d’épouvante (jeter de la sauce à la menthe au mufle des monstres bêlant, comme l’eau bénite dans l’Exorciste ), le registre parodique est total, rappelant à bien des égards le Brain Dead du Néo-Zélandais de référence Peter Jackson, jusqu’à la plaisanterie scato à répétition (quatre fois le gag du mouton qui pète !)

Gros succès aussi pour The Brothersome Man, le second film du Norvégien Jens Lien, qui a raflé presque tous les prix. Dans un enfer gris bleu dont même le suicide ne permet pas de s’extraire, Andreas (Trond Fausa Aurvaag) bouffe des plats sans goût, baise mécaniquement, se met en ménage sans le vouloir et meuble, c’est le cas de le dire, toutes ses conversations d’opinions absurdes sur la décoration intérieure. Le propos tourne vite en boucle ­ le politiquement correct et l’anesthésie des sentiments comme vision du futur ­ et se désagrège tout à fait quand le héros finit par trouver un interstice dans le dispositif totalitaire pour se retrouver dans un passé rassurant. En dépit de quelques scènes déjantées (le héros ne parvient pas à se suicider et se mange trois fois le métro en pleine face) le ton Amélie Poulain à la sauce scandinave finit par épuiser.

Au rayon sévère mais juste, trois films sont donc repartis bredouilles. C’est le cas du dernier opus des frères Pang, The Recycle, plongée dans le mental d’une jeune femme torturée par ses souvenirs. Dans sa recherche pour son nouveau roman, elle doit, malgré elle, fouiller dans sa malle à souvenirs, les bons comme les mauvais, et on aura deviné que les pires ont les faveurs des jumeaux réalisateurs hongkongais. Entre les scènes oniriques alternant le grandiloquent et le très angoissant, les Pang ont tissé une toile narrative de jeu vidéo qui ne fonctionne que par intermittences. The Return, second film du Britannique Asif Kapadia, est un redoutable mécanisme d’horlogerie du cauchemar. Rigoureux, voire ascétique, le film suit les bouffées délirantes d’une jeune femme poursuivie par un passé dont elle a tout refoulé. Sarah Michelle Gellar est juste comme il faut, oscillant entre dingue aux accès d’automutilation et pauvre chose réduite à son état de cagole reluquée par les rednecks d’un Texas agonisant. Ce qui est reposant dans ce film pas rigolo pour un sou, c’est la rigueur avec laquelle Kapadia montre la tristesse infinie d’un monde pourrissant sur pieds, mort sans le savoir.

Pour autant, notre chouchou reste Sakebi, de Kiyochi Kurosawa, qui réussit un magnifique polar existentiel. Yoshioka (Koji Yakusho) est un flic fourbu, un peu alcoolique, qui doit enquêter sur le meurtre d’une jolie dame vêtue d’une robe rouge, noyée dans une flaque d’eau. Cette silhouette rouge va hanter le flic, mais pas que lui. Cette définition d’un fantôme « sociétal », commun à chacun d’entre nous, qui pousse aux petits comme aux grands crimes, est l’idée la plus intelligente du festival.

A lire également :
Le palmarès du Festival du film fantastique de Gérardmer.


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