« GTA IV » : la menace fantôme
par Olivier Séguret
tags : économie , GTA , blockbuster , Moi jeux
Grand Theft Auto IV. DR
Dans un entretien accordé lundi au Financial Times, l’habituellement discret John Riccitiello, patron d’Electronic Arts, le plus grand studio de jeux vidéo au monde, faisait valoir une certaine jubilation. Il sortait d’une réunion avec quelques décideurs hollywoodiens, de la bouche desquels il a été frappé d’apprendre que « ici, à Hollywood, les gens s’inquiètent de savoir si la sortie du film Iron man sera tuée par la sortie du jeu GTA IV » (1). La sortie d’Iron Man, inspiré du fameux superhéros des comics Marvel, réalisé par Jon Favreau et répondant au profilage blockbuster typique de cet exercice, est fixée au 2 mai (le 30 avril en France), tandis que le déferlement du quatrième volet de la saga Grand Theft Auto est programmé, pour s’épanouir mondialement entre le 25 et le 30 avril. L’anecdote est bien sûr éloquente. Elle laisse entrevoir comment l’industrie hollywoodienne prend progressivement la mesure du phénomène des jeux. Mais il n’est pas sûr qu’elle s’en inquiète autant que le suppose John Riccitiello qui, un peu plus loin dans l’interview, juge que « Hollywood manifeste aujourd’hui plus d’intérêt à faire des films issus de nos jeux que nous manifestons d’intérêt à faire des jeux à partir de ses films ». C’est largement faux pour l’instant : si des titres comme Assassin’s Creed (Ubisoft) ou Bioshock (2K Games), deux univers purement originaux et nés dans la sphère du jeu, font effectivement l’objet d’attentions soutenues de la part de l’usine à rêves, l’inverse reste majoritairement vrai : les jeux à licence, de Lost aux Simpson en passant par tous les films mainstream de saison, continuent de proliférer plus vite que les films inspirés de jeux, même s’il n’est pas exclu que les courbes s’inversent un jour. Mais le plus important est ailleurs : le passage du sceptre du pouvoir (symbolique et financier) entre cinéma et jeux n’est-il pas, du point de vue hollywoodien, un transvasement à somme nulle ? La véritable industrie de ce petit morceau de Californie, c’est l’entertainment, quelles que soient ses formes. Télé, musique, spectacle, parc à thèmes, cinéma ou jeu vidéo, ne sont que les activités connexes d’un savoir faire unique : l’usinage du « rêve », donc, c’est-à-dire la capacité à fabriquer toutes sortes de distractions humaines selon des normes industrielles globalisées. Le jeu vidéo n’est pas une menace pour cette industrie là, c’est juste une nouvelle donne à intégrer.
Il y a 1 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet
Actualit
Lib.fr
- Cravate, corbillard, camembert, ces noms propres qui deviennent communs
- La Cité de radieuse de Marseille meurtrie par l'incendie
- Total a enregistré un bénéfice record de 12,3 milliards en 2011
- «Le référendum est un outil très risqué»
- Ouganda: abandon de la peine de mort dans la proposition de loi anti-homosexualité


