jeudi 1er décembre 2011 17:12
Gaccio espionné : Canal+ relaxée
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Bruno Gaccio au Palais de justice, le 27 septembre 2011. Photo Laurent Troude
Tout le monde a pris, et cher avec ça. Tous ceux qui, à quelque niveau que ce soit, ont été impliqués dans l’espionnage, au début des années 2000, de Bruno Gaccio, ont été condamnés cet après-midi par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Tous, sauf Canal+ qui a été relaxée. Pierre Martinet, celui qui avait été chargé au sein du service sécurité de la chaîne, de filocher Bruno Gaccio alors à la tête de la contestation interne contre l’éviction du PDG Pierre Lescure, a été condamné à 15 mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende. En 2005, c’est Martinet qui a révélé l’affaire en publiant un livre, DGSE : service action, un agent sort de l’ombre. Il y raconte comment il a, sur ordre de Gilles Kaehlin et Gilbert Borelli, responsables de la sécurité de la chaîne, suivi « Golf », le nom de code de Gaccio, comment il a récupéré ses mails, les factures détaillées de son téléphone portable, sa carte grise, comment il a pris en photo les enfants de Gaccio et sa compagne de l’époque Agnès Michaux dans leur maison de vacances, comment on lui a demandé de tenter de faire tomber Gaccio dans une affaire de drogue et/ou de mœurs. Gilles Kaehlin et son adjoint Borelli, tous deux absents du tribunal, ont été condamnés plus lourdement que l’exécutant Martinet : un an de prison avec sursis pour le premier, trois mois de plus pour le second et 10000 euros d’amende chacun. Leurs petites mains — un ancien policier et un ancien salarié de France Télécom qui ont fourni carte grise et fadettes — ont écopé d’amendes. En revanche, la justice a écarté la responsabilité de Canal+ au motif que Borelli et Kaehlin « ne disposaient pas du pouvoir d’engager la société ». Lors du procès en septembre dernier, le parquet avait pourtant requis une amende de 500 000 euros à l’encontre de Canal+, estimant que c’était « pour le compte et pour l’intérêt » de la chaîne qu’avaient agi les prévenus. Mais le tribunal l’a vu autrement : « Il n’est pas démontré, en l’état, que les infractions reprochées à la société Groupe Canal+ ont été commises par leurs organes ou représentants ». En clair, aucun haut dirigeant de Canal+ n’a donné l’ordre à sa paire de barbouzes d’espionner Bruno Gaccio. Disons alors que Canal+ et ses dirigeants ont laissé Kaehlin agir de la sorte sans faire quoi que ce soit. Gilles Kaehlin a démissionné de Canal+ en 2005, un peu après la sortie du livre de Pierre Martinet. La morale au moins pourrait être sauve, sauf que Gilles Kaehlin continue de travailler pour Canal+ en sous-traitant, ainsi que l’écrit le tribunal dans son jugement, qui évoque « des liens professionnels [qui] subsistent entre » la chaîne cryptée et celui qui a fait espionner une de ses stars.
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