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mercredi 2 mars 2011 19:21

  • high tech

Gaîté lyrique, espoirs numériques

par Bruno Icher

tag : art numérique

Projet de rénovation de la Gaïté Lyrique - DR

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« L’humain doit rester au cœur de la proposition »

Jérôme Delormas, 48 ans, explique ses ambitions pour le lieu qu’il dirige.

A la veille de l’ouverture de la Gaîté lyrique, le 2 mars, une certitude fait chaud au cœur de l’équipe dirigeante : les lieux seront bondés. Le site de réservation mis en place par la nouvelle institution parisienne de la rue Papin, à deux pas du carrefour Réaumur-Sébastopol, a été pris d’assaut dès sa mise à disposition. Les concerts, installations de plasticiens, projections, conférences, expos interactives, le centre de ressources, le (petit) local jeux vidéo et, vraisemblablement, les deux bistrots et la boutique vont donc afficher complets pendant des semaines. Reste à savoir comment le bâtiment à l’histoire mouvementée va enfin renaître en accueillant ce joyeux bordel dans la blancheur clinique des presque 10 000 m2 recomposés par l’architecte Manuelle Gautrand. La question reste encore en suspens, évidemment, mais l’importance d’un double enjeu, autant artistique que politique, pèse déjà lourd à quelques heures de l’inauguration.

De l’enjeu artistique, on peut dire que Paris s’est doté d’un bijou technologique destiné à s’imposer comme une place forte mondiale du numérique. Il était temps puisque, depuis une dizaine d’années au bas mot, Paris restait à la traîne des grands festivals qui ont vu le jour un peu partout en Europe (Transmediale à Berlin, Ars Electronica à Linz, Eindhoven, Londres…). Afin d’assouvir cette ambition, la Gaîté devra concevoir une programmation à la hauteur de ses principaux concurrents, accueillant artistes, collectifs et compagnies qui expérimentent les connexions entre vidéo, musique, jeu, théâtre, danse ou arts plastiques, mais assumant aussi son rôle de producteur. Car ces mêmes artistes sont invités à utiliser les ressources du lieu pour y créer des œuvres originales. Dans les mois qui suivront l’effervescence de l’ouverture, plusieurs projets sont déjà très attendus comme, l’an prochain « 2062 », événement multidisciplinaire qui préfigure le poids sociétal des nouvelles technologies dans les cinquante prochaines années ou encore l’invitation faite au collectif français de graphistes H5 que le court métrage oscarisé Logorama a rendu mondialement célèbre. L’enjeu politique, lui, est plus complexe. Dès son arrivée à la Mairie de Paris en 2001, l’équipe de Bertrand Delanoë avait fait de la réhabilitation du bâtiment haussmannien l’une de ses priorités. Le vieux théâtre à l’italienne, qui avait vu passer, depuis 1872, Offenbach, les ballets russes de Diaghilev et Nijinski, Luis Mariano, le TNP de Vilar, la troupe de Silvia Monfort et l’école du cirque Gruss qui entreposait sa ménagerie dans les locaux, n’était plus alors qu’un champ de ruines. Le terrible fiasco de la Planète magique, parc d’attraction urbain conçu à l’aune de l’imaginaire de Jean Chalopin, créateur de l’Inspecteur Gadget et des Cités d’or, s’était achevé sur la fermeture des lieux au début des années 90, puis à leur lente destruction.

La première et éphémère réouverture de la Gaîté, au cours de la Nuit blanche inaugurale de 2002, avait enfin permis d’espérer une renaissance. Et il aura donc fallu presque dix ans de plus, près de 90 millions d’euros, un chantier compliqué et deux équipes de préfiguration (Pierre Bongiovanni, fondateur du CICV de Belfort, puis l’équipe actuelle dirigée par Jérôme Delormas) pour y parvenir.

Bref, pour la Mairie de Paris, qui participe à hauteur de 4,25 millions d’euros par an (sur un budget annuel de 9,5 millions) un peu à cran avec les difficultés liées à d’autres lieux culturels parisiens (le CentQuatre ou la Cité du design), il est préférable que la Gaîté trouve très rapidement son public. Et c’est sans doute le défi le plus délicat qu’aura à affronter l’équipe : jouer la carte d’une programmation audacieuse, inviter à la curiosité une population pas forcément familiarisée avec les cultures numériques, tout en s’assurant d’une fréquentation régulière.

Ce cahier des charges délicat, compliqué par l’obligation de trouver un financement propre (sponsoring et billetterie notamment) est sans doute la meilleure manière de lire la programmation des premières semaines. A côté des installations du collectif britannique UVA, du théâtre interactif du Rimini Protokoll, de la performance de Brian Eno et Jon Hassell ou de la carte blanche au label electro InFiné, la Gaîté a également prévu, avant l’été, deux temps forts susceptibles d’attirer le plus grand nombre : « Berlin Next ! » consacré à la scène allemande, et un cycle consacré à la culture skateboard. Une certaine forme de classicisme.

Paru dans Libération du 1 mars 2011


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