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mercredi 19 décembre 2007 14:54

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Sélection DVD : Galettes de choix

De Sacha Guitry à Dario Argento, une sélection de DVD intelligents pour tenter de survivre aux fêtes de fin d’année.

par Bruno Icher, Gérard Lefort, Philippe Azoury

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , sélection

Jacqueline Delubac, actrice et épouse de Guitry dans Mon père avait raison - Gaumont Vidéo

Sacha Guitry
Coffret 9 films, 8 DVD.
Gaumont DVD, 100 €.

« L’âge d’or », a-t-on écrit sur le couvercle du coffret à rayures de papier peint. Ça n’est pas une escroquerie. Entre 1936 et 1938, Sacha Guitry réalise en effet neuf de ses meilleurs films : du Nouveau Testament à Remontons les Champs -Elysées en passant par deux sommets, Faisons un rêve et le phénoménal Quadrille. Les copies numériquement restaurées sont pratiquement parfaites, même s’il arrive que le son flotte (notamment dans Quadrille). À table, donc, pour se goinfrer de la plus célèbre mitrailleuse à répliques tuantes de l’histoire du cinéma français. Le dialogue au saut du lit entre Guitry et Jacqueline Delubac dans Faisons un rêve est une apothéose quand, regardant sa jeune maîtresse dans les yeux, il lui demande, solennel et suppliant : « Prenez-vous oui ou non du beurre sur vos tartines ? » Et comme un incendie qui se propage de film en film, cette impression que Guitry ne sait jamais où il va, ni dans le scénario ni dans la direction d’acteurs (y compris la sienne propre), mais qu’il va en courant et en hurlant de rire.

Au rayon bonus, la qualité est aussi au rendez-vous : des archives (en 1937, l’avant-première des Perles de la couronne avec un reporter radio cocasse qui semble surgir d’un Guitry inédit), un Cinéaste de notre temps (portrait par Claude de Givray) et, merveille des merveilles, la Nouvelle Vague au téléphone (1974), où Charles Bitsch interroge au téléphone (accessoire sans lequel tout le cinéma de Guitry s’effondrerait) MM. Rivette, Rohmer et Truffaut. C’est Rivette le meilleur : « Guitry filme des joueurs, mais des joueurs qui trichent. »

Monty Python’s Flying Circus (1969-1975)
7 DVD. Gaumont TriStar vidéo. 50 €.

Tandis qu’en 1969 la France enchantée découvre l’Homme du Picardie à l’ORTF, la Grande-Bretagne s’offre le Monty Python’s Flying Circus sur la BBC. Preuve que la vieille Anglaise n’est pas si conservatrice que ça, elle venait de faire entrer une horde de renards dans son poulailler. En 45 épisodes, l’émission a inventé un pan entier de l’humour des trente années qui ont suivi. Les six zouaves, anciens d’Oxford ou de Cambridge, font voler en éclats toutes les conventions, commençant des sketchs par la fin ou instituant les gags récurrents les plus inimaginables, dont le chevalier en armure qui interrompt sans cesse l’émission en frappant les comédiens avec un poulet en plastique. Rien ne manque, ni les classiques (le Ministère des démarches à la con, le Spam, l’Inquisition espagnole…) ni les nombreux inconnus pour un public français conquis par le sextuor grâce à leurs films (Sacré Graal, la Vie de Brian, le Sens de la vie) tournés après la mort de l’émission. C’est dans ces petites merveilles que l’on mesure à quel point les Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones et Michael Palin ont marqué leur époque, démontrant aux humoristes des générations suivantes que l’on peut tout faire à la télévision. A l’intention des grands malades dont les quelque vingt-deux heures de ce coffret auraient altéré les fonctions mentales, le même éditeur propose également le célèbre Live de l’Hollywood Bowl et un Personal Best en six disques contenant un hommage vibrant à Graham Chapman, mort en 1989.

Suspiria
de Dario Argento avec Jessica Harper, Stefania Casini…
2 DVD. Wild Side Vidéo. 30 €.

Jessica Harper, jeune danseuse innocente qui va bientôt passer un mauvais quart d’heure - DR

La Mère des soupirs a eu 30 ans cette année. La première sorcière de la trilogie de Dario Argento (suivront Inferno en 1980 puis La Terza Madre, qui vient de sortir en Italie) a fait l’objet d’un dépoussiérage spectaculaire en une édition numérique qui a eu les honneurs d’une sortie en salles en novembre. La restauration du film le plus baroque du cinéma d’épouvante, saturé de teintes flamboyantes et de décors saisissants, ultime long métrage tourné en Technicolor, a été saluée par Argento en personne : « J’ai trouvé le film presque plus beau que lors de sa sortie. » Et il déteste revoir ses films. Cette renaissance donne l’occasion de mesurer l’incroyable frénésie qui s’était emparée du cinéaste et de son chef opérateur, Luciano Tovoli, qui n’ont pas tourné deux fois le même plan dans tout le film. Ils l’expliquent dans les abondants bonus de cette édition qui réunit quelques documents passionnants sur l’univers barré d’Argento. On y retrouve notamment un entretien avec Davide Bassan, fils et assistant du chef décorateur, ainsi qu’un documentaire donnant la parole à des aficionados, dont Pascal Laugier et Jean-Baptiste Thoret. Les vrais fanatiques se réjouiront de trouver en plus le CD de la BO, signée Goblin, le groupe fétiche d’Argento.

Le Dernier des immobiles
de Nicolas Sornaga avec Matthieu Messager, Michel Bulteau…
1h45, Choses vues, 25 €.

Cette première œuvre d’un jeune Français farfelu avait été saluée à sa sortie (2004) par Nanni Moretti comme un « film pour l’immense minorité ». On y voit un poète immobilisé (Matthieu Messager) envoyer des lettres de non-retour sur du papier raflé dans tous les grands hôtels du vaste monde. On y croise le dernier-né de la famille Pierrafeu cognant la batterie comme un forcené au milieu de nulle part, des types en short grimpant des côtes à vélo tandis que d’autres jouent de l’ukulélé. Des fois, un électrique décadent (Michel Bulteau) apparaît et disparaît, comme chez Pinder. Cet asile à ciel ouvert ne suffisant pas, le cinéaste ira en personne visiter les lacs italiens où Nietzsche devint fou. C’est toujours très beau, et toujours très drôle - dans le genre Pierre Etaix meets Raymond Roussel. Une perle.

Le Moindre Geste
de Fernand Deligny avec Yves Guignard…
1h45, éditions Montparnasse, 44 €.

Yves Guignard - DR

Filmé il y a quarante-quatre ans, le toujours aussi brûlant Moindre Geste refait géographiquement (rivières, roches, trou) le trajet dans les bois de la pensée cassée d’un enfant autiste, Yves. Jets de cailloux, ronces dans la langue, vociférations, beuglements fantastiques, vérités assénées dans le désordre de la folie, le film fait son compte au langage : Yves « l’idiot » est un prophète qui s’ignore, un mystique sans Dieu ni maître - jamais aussi grand que quand il insulte les pierres. Deligny, écrivain, pédagogue, chercheur, cinéaste « brut » et influence directe de Deleuze comme de Truffaut, décrivait les trajectoires autistes comme des « lignes d’erre ». Le Moindre Geste est filmé à l’unisson de ça : errance d’une gorge étroite, acheminement vers un cri ou résonnent, semblables, la terreur et la joie.

Steak
de Quentin Dupieux avec Eric et Ramzy, Jonathan Lambert…
1h20. Studio Canal. 20 €.

Postulant sérieux au titre de « Meilleur film français de l’année », Steak, de Quentin Dupieux (ex Mr Oizo), continue d’essuyer la réprobation générale. Tout le monde à peu près trouve ça consternant et, vraiment, on ne comprend toujours pas pourquoi. Warum ? Echec commercial éclatant à sa sortie, le film demeure indécidable, aussi bien sur ses intentions (avant-garde ou foutage de gueule) que sur le public ciblé : à la fois mainstream (le duo Eric et Ramzy) et archi branchouille (l’écurie Ed Banger). Mixant le dandysme rock, la chirurgie esthétique (tout le monde est lifté, même les jeunes), l’amitié malade et le gag siouxe (hein ?), Steak est aussi un super cadeau piégé pour déstabiliser ses amis.

Courts métrages d’animation des frères Quay
ED distribution, 35 €.

Stille Nacht, 1988 - DR

« Il faut que le spectateur accepte de reconsidérer sa relation avec le dispositif cinéma, d’admettre de ne pas détenir nécessairement les clés essentielles à la compréhension du film et de tenter de détourner ce manque. Il n’est pas passif face à du divertissement comme il peut l’être devant un film traditionnel, mais actif, interloqué, intéressé ou révolté. » Cette déclaration, qui devrait être gravée au fronton des salles de cinéma, est le programme de travail des frères (jumeaux) Stephen et Timothy Quay, nés aux Etats-Unis en 1947 mais basés depuis la fin des années 70 à Londres, où ils réalisent depuis des films d’animation, notamment à base de marionnettes. Si tant est qu’on puisse ainsi nommer leurs sidérants bricolages d’objets de récupération plus ou moins mécaniques, poulies, vis, écrous, treuils et câbles, décomposés et recomposés image par image. C’est un monde pour beaucoup inspiré du cinéaste-animateur tchèque Jan Svankmajer (par ailleurs idole de Tim Burton), à qui ils consacrèrent un film hommage en 1984. Mais aussi, eu égard à cette palanquée de poupées déglinguées qui semblent s’opérer elles-mêmes du cerveau ou se greffer une poutrelle d’acier en guise de jambe, des démembrements de Hans Bellmer. D’eux-mêmes, ils citent en littérature le choc Kafka, Robert Walser ou les contes d’Hoffmann, dont ils adaptèrent en 2000 le Marchand de sable.

Ces références utiles ne sont cependant pas un passeport nécessaire pour voyager dans leurs divagations magnifiques, qui sont comme la déchetterie, voire le charnier, des temps modernes.

Une zone d’ombres inquiétantes, de décharges électriques, de choses moites et sales qui ne demandent qu’à nous sauter à la gorge.

Un homme qui dort
de Georges Perec et Bernard Queysanne avec Jacques Spiesser,
la Vie est belle, 30 €

Jacques Splesser - DR

C’est avec 150 000 francs (1973) et quelques subsides venus de Tunisie que Georges Perec et Bernard Queysanne nous enverront cet astre noir égaré à l’intérieur du paysage français des années 70. Un film en forme de refus de tout, ou sur l’impasse qui menace celui qui entend tout refuser ? Toute l’ambiguïté de la mise en scène de Queysanne et Perec (qui s’y frottait pour la première fois) étant contenue dans le visage mutique de Jacques Spiesser, dans la porosité d’une image blanche et noire et dans la spirale fermée que dessine la marche de l’Homme qui dort, alors que monte en intensité la voix off de Ludmila Mikaël ânonnant la rupture sociétale d’un étudiant en sociologie qui un matin ne se lève pas, « n’ira pas dire sur 4, 8 ou 12 feuillets ce qu’il sait, ce qu’il pense, ce qu’il sait qu’il faut penser de l’aliénation, l’automation, ou sur la connaissance d’autrui. » A la place, il erre dans Paris comme un rat, ne répond plus aux coups à la porte, évite les connaissances, dort le jour, marche la nuit, vit dans les cafés, les parcs, les cinémas, se crève, s’évide, s’enferme dehors, étouffe à se libérer. Rarement le cinéma n’a fait comme ici l’expérience de l’enlisement dans la folie.

Mère et fils
d’Alexandre Sokourov avec Aleksei Ananishnov, Gudrun Geyer…
Potemkine. 20 €.

Aleksei Ananishnov et Gudrun Geyer - DR

Le Russe Alexandre Sokourov, dont on a pu voir récemment le film Alexandra, a réalisé en 1997 ce magnifique et terrible conte dans lequel un jeune homme porte sa mère agonisante, comme la représentation d’une pietà à l’envers, dans un enchevêtrement de paysages à la William Turner ou Caspar Friedrich.

Ces deux-là, liés par un indicible amour, incapables de vivre l’un sans l’autre, sont les deux premiers personnages que Sokourov a mis en scène dans son cycle de films sur « l’excès d’amour » : « On parle souvent de ce qui nous manque, mais jamais de ce que l’on a en trop. En pourtant, c’est terriblement dur. » Longtemps après Mère et fils, le cinéaste a tourné Père et fils en 2003, sur le même thème de l’attachement organique entre un homme et son fils, vivant seuls sous les toits dans un univers coupé du reste du monde.

Dans l’interview passionnante présentée dans les suppléments du DVD, Sokourov évoque ce cycle cinématographique qui l’obsède et auquel il reviendra. Le cinéaste raconte également ses maîtres, ses influences, picturales et musicales, les mystères du cinéma et évoque les thèmes qui traversent son œuvre. « Ce n’est pas tant la mort qui m’intéresse que les circonstances dans lesquelles elle se produit et qui nous font comprendre qu’elle est là. Nous voulons, en même temps, oublier que nous allons mourir, mais aussi lutter de toutes nos forces. C’est cette dualité que je trouve passionnante : l’oubli et la résistance. »

D’autres DVD

Coffret Stanley Kubrick. 12 DVD avec 2001 : l’odyssée de l’espace, Orange mécanique, Shining, Eyes Wide Shut, Full Metal Jacket, Lolita, Barry Lyndon et le documentaire A Life in Pictures. Warner Home Vidéo. 100€.
Black Snake Moan de Craig Brewer. 1 DVD. Paramount. 20 euros.
Coffret Douglas Sirk. 8 DVD avec le Secret magnifique, Tout ce que le ciel permet, le Temps d’aimer et le Temps de mourir, Mirage de la vie. Carlotta films. 70€.
Coffret Alain Guiraudie. 3 DVD dont Du soleil pour les gueux, la Force des choses et le documentaire Du possible de Chloé Scialom. Shellac Sud. 24€.
Coffret « Introuvables ». 20 DVD dont Baby Cart 1 de Kenji Misumi, Body and Soul de Robert Rossen, Dodes’Kaden d’Akira Kurosawa, la Cité sans voiles de Jules Dassin, le Cimetière de la morale de Fukasaku, Hamburger Film Sandwich de John Landis, Lady for a Day de Frank Capra, The Naked Kiss de Samuel Fuller, le Secret derrière la porte de Fritz Lang, Sisters de Brian De Palma… Wild Side. 100€.
U de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde. 1 DVD. Wild Side Video. 15€.
Coffret Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, volume 1. Avec Machorka-Muff, Non réconciliés, Moïse et Aaron, Introduction à la « Musique d’accompagnement pour une scène de film » de Arnold Schoenberg, Du jour au lendemain. Editions Montparnasse. 45€.
La Reine Margot de Patrice Chéreau. 2 DVD. Pathé. 20€.
Palettes, l’intégrale d’Alain Jaubert. 18 DVD. Ed. Montparnasse. 100€.
Destricted, sept courts métrages X de Marina Abramovic, Matthew Barney, Marco Brambilla, Larry Clark, Sam Taylor Wood, Gaspar Noé et Richard Prince. Seven 7. 33€.


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