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mardi 7 décembre 2010 14:09

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Gamerz pète les plombs

par Marie Lechner

tags : festival , art numérique

Site officiel du festival

« Les ordinateurs sont nos futurs ennemis, il faut se préparer à les combattre. » Les hackeurs- saboteurs du Labomedia d’Orléans, dédié aux arts numériques, ont certes été gavés aux nouvelles technologies, ça ne les empêche pas de rêver d’un Grand Soir. Dans le cadre du festival Gamerz à Aix-en-Provence, ils invitent le public à péter les plombs à (de) la Fondation Vasarely. Métaphoriquement, en hurlant dans un micro pour faire avancer des manettes de console Wii dans une course éreintante. Littéralement, en manipulant sous cloche une souris (d’ordinateur) pour la brancher sur du 220 volts. Action qui a pour effet immédiat de plonger la pièce dans le noir. Le public se montre plus rétif lorsqu’on l’invite à brancher son propre iPod pour lui faire subir un sort analogue.

Ces adeptes du black-out, inquiétés par cette humanité en voix de numérisation, s’attaquent à nos prothèses envahissantes et convient à « puiser dans l’énergie vitale des machines, la source de leur propre extinction ».

  L’Ultimate Machine de Claude Shannon

Une proposition qui résonne étrangement avec la Machine à s’éteindre d’Adelin Schweitzer, présentée à l’Arcade Paca. Inspirée de l’Ultimate Machine de Claude Shannon, fondateur de la théorie de la communication, cette machine déceptive se compose d’un bras articulé qui chaque fois qu’on l’allume, se déploie pour s’éteindre, refusant toute interaction. Le parcours ludique de cette sixième édition, qui ne cesse de s’étendre, infiltre huit lieux de la ville provençale avec des installations et performances autour de la notion du jeu et du détournement. Des œuvres qui interrogent la place des machines dans la vie de l’homme, mais aussi de l’animal, avec un humour souvent grinçant.

  Pandi Panda à l’École Européenne Supérieure de l’Image, à Poitiers

Comme le masturbatoire PandiPanda de Chen Zou, un jeu vidéo que l’artiste chinoise a conçu suite à un reportage où l’on bombardait les pandas de vidéos porno, histoire de stimuler une libido en berne menaçant l’espèce. Les deux joueurs sont invités à secouer le manche de la Wiimote de manière suggestive, afin d’aider les bêtes à s’accoupler. Dans l’installation Super Soldiers Industries, c’est le soldat qui sert de rat de laboratoire. Ewen Chardronnet pose un regard critique sur l’industrie guerrière et le super-soldat des conflits du futur, augmenté chimiquement, capable de combattre pendant des jours sans repos, de résister à la peur, à la douleur, et bientôt au sentiment de culpabilité grâce à des drogues de plus en plus sophistiquées. Cette pharmacopée est accompagnée d’une version modifiée du jeu de tir Unreal Tournament où le joueur tente en vain de maîtriser un soldat dopé qui ne répond plus aux commandes. La notion de jeu est ici prise au sens large, du ticket à gratter aux interventions urbaines, comme celles du Berlinois The Wa qui colle des plans alternatifs dans le métro parisien intervertissant les stations, ou extirpe les affiches publicitaires des bannettes à Marseille pour les remplacer par des CV géants de chômeurs.

Le soir du vernissage à Seconde Nature, c’est à une parodie de Rapido que le public était convié. Une « performance de comptoir », de Laurent Basset et Jérôme Fino, plagiat de la Française des jeux, permettant de satisfaire à la fois son addiction au jeu et à l’alcool, le numéro gagnant donnant droit à une bière gratis.

Trax

Organisé par l’association M2F Créations, Gamerz est le fruit d’une bande d’agitateurs issus de l’Ecole supérieure d’arts d’Aix, où officient l’artiste Douglas Edric Stanley, qui présente à cette occasion Trax, un jeu de construction musicale pour iPad, ou encore France Cadet, adepte de la robotique déviante. Le festival s’est monté dans le sillon d’Eniarof, collision entre salle d’arcade et fête foraine détraquée revisitant les cultures populaires. « Gamerz est né pour pallier un manque, dit Quentin Destieu, l’un des organisateurs, permettre à des artistes travaillant dans le champ du jeu vidéo et des arts numériques de diffuser leurs créations, qui n’intéressaient guère l’art contemporain. » Le festival jette un pont entre les deux mondes, avec une volonté de démocratisation. « On a choisi un titre qui n’est pas intimidant, ça permet d’attirer un public jeune, étranger à l’art contemporain ». En juin, ils ont ouvert la Maison numérique, laboratoire de création accueillant six artistes en résidence dans un quartier populaire près de la Fondation Vasarely qui présente les premières productions. Tel le poisson cyborg Machine 2 Fish, un aquarium monté sur roues, piloté par les mouvements d’un poisson rouge, qui vagabonde entre les toiles.

  Machine 2 Fish

Les œuvres de Gamerz ne déparent pas ce temple de l’art cinétique, où le high-tech côtoie le low-tech comme l’onirique Breeze Reflection de Djeff Regottaz, qui transforme nos ombres en souffle et en lumière. « La Fondation a toujours été un lieu de confrontation, ouvert aux nouveaux matériaux et technologies », dit le petit-fils de Victor Vasarely, qui, comme Gamerz, voulait mettre l’art à portée de tous.

GAMERZ
Jusqu’au 19 décembre, à Aix-en-Provence (13).
Rens. : festival-gamerz.com

Paru dans Libération du 6 décembre 2010


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