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dimanche 8 février 2009 14:13

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« Gaza-Sderot » crève l’écran

Télé. Arte diffuse un docu tiré des 40 webisodes mis en ligne depuis novembre.

par Christophe Ayad

tags : documentaire , web documentaire

DR

Gaza-Sderot, la vie malgré tout Arte
http://gaza-sderot.arte.tv/fr/

L’histoire donne parfois au Proche-Orient des coups d’accélérateur tellement vertigineux que des images tournées il y a moins de deux mois semblent à présent appartenir à un lointain passé. Gaza-Sderot a été tourné fin 2008 : ce documentaire de 40 webisodes et 80 vidéos suivaient des habitants de la ville israélienne régulièrement prise pour cible par les roquettes palestiniennes et du territoire palestinien sous blocus israélien quasi permanent.

Chaque film de quelques minutes était réalisé par une équipe israélienne en Israël et palestinienne à Gaza (Libération du 8 novembre) et mis en ligne jour après jour sur le site d’Arte. Le tournage et l’expérience se sont terminés le 23 décembre, quatre jours avant la grande offensive israélienne, qui a tué plus de 1 200 Palestiniens en trois semaines, tandis que 13 Israéliens (10 soldats et 3 civils) étaient tués dans le même temps.

C’est comme ci cette époque était désormais à des années-lumière. Les 80 minifilms réalisés durant les deux derniers mois de 2008 et mis en ligne par Arte ont servi de matériau à un documentaire de 50 minutes, diffusé ce samedi par la chaîne.

En dehors de l’intérêt, assez anecdotique aujourd’hui, du passage de formats courts pour le Web à une écriture de long métrage pour la télévision, ce retour à Gaza et à Sderot offre des instants absolument saisissants. Que dire, en effet, de cette discussion entre un père et sa fille israéliens, juste avant une guerre qu’ils pressentent sans oser la nommer ? Lior, qui porte un keffieh autour du cou, va partir faire son service militaire dans une semaine : elle révèle à son père qu’elle a attendu ce moment depuis l’âge de 8 ans. Lui, un artiste baba cool un peu fantaisiste qui construit des abris pour les enfants en forme de serpents géants, lui demande de se servir de son cerveau : « Est-ce que c’est la chose dont on a le plus besoin aujourd’hui ? Ne serais-tu pas plus utile à t’occuper de personnes âgées ou de handicapés ? » Puis il se baisse pour ramasser un morceau de métal : obus de 1967 ou roquette Qassam de 2008 ? Ils rigolent tous deux.

Tout l’intérêt de Gaza-Sderot est de rendre la vie et la dignité aux acteurs, malgré eux, du drame dont ils vont être les principales victimes. Il ne faut pas y chercher d’explication sur la stratégie du Hamas - dont le nom n’est pas prononcé une seule fois - ou de l’armée israélienne. Il n’y a aucune voix off, seulement celle des habitants qui se livrent. Et ce qui frappe le plus, c’est à quel point ils se ressemblent, pas seulement parce que Sderot est peuplé de juifs marocains restés attachés à leur cuisine, leur musique, leurs mariages bruyants et leurs traditions tellement « arabes ». Non, ce qui les rapproche, c’est leur condition de perdants dans leur propre société et cette manière dure mais toujours drôle de raconter leur condition et leurs maux.

Certes, ils ne sont pas comparables. Tandis que les habitants de Sderot vivent dans la hantise permanente de l’alerte rouge, qui leur donne trente secondes pour trouver un abri sûr, les Gazaouis s’éclairent à la bougie, font la cuisine au feu de bois et se déplacent en carrioles tirées par des ânes à cause du blocus énergétique imposé par Israël. A Sderot, les jeunes sont partis ; à Gaza, ils rêvent de s’évader. Malgré les blagues sur les tunnels, certains Palestiniens sentent venir la guerre comme l’ambulancier qui annonce, lugubre et prémonitoire : « On ferait bien de vérifier notre équipement, ça va être chaud. » La violence affleure aussi à Sderot, où un vieux Palestinien, qui rend visite à une amie israélienne, se fait violemment traiter de « terroriste » par un homme dans la rue.

Tout à la fin du film, une voix off explique que les personnages du film ont passé la guerre aux abris côté Sderot, et que le contact a été perdu avec ceux de Gaza. Finalement, on apprend qu’ils sont tous vivants. C’est déjà ça.


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